Les disqualifiés de l’Ultra-Trail Harricana s’expriment sur leur expérience

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Alexandre Sauvageau au fil d’arrivée – Photo : Vincent Champagne

Il y aura certainement un avant et un après 7 septembre 2019 dans le petit monde de la course en sentier au Québec. Ce jour-là, la direction de l’Ultra-Trail Harricana a disqualifié non pas une, mais bien huit personnes, dont les gagnants du 65 km et la gagnante du 42 km, parce qu’il leur manquait des pièces de l’équipement obligatoire. Distances+ a recueilli les commentaires d’Alexandre Sauvageau, de Mylène Sansoucy et de Rachel Paquette.

Revenons sur les faits : l’organisation a fait un contrôle des coureurs dans les sentiers afin de vérifier s’ils avaient sur eux tout le matériel requis. Ceux qui n’avaient pas les éléments les plus importants ont été disqualifiés. La chose a fait grand bruit sur les réseaux sociaux et a suscité les commentaires les plus divergents. Il y a fort à parier que les coureurs seront plus attentifs au matériel obligatoire à l’avenir.

Six athlètes ont été disqualifiés du 65 km, dont Pierre Lavoie, et deux l’ont été du 42 km.

Parmi les disqualifiés, le coureur de Granby Alexandre Sauvageau, qui a franchi le fil d’arrivée du 65 km en première position, en 5 h 25, établissant un nouveau record de parcours. Il ne sera toutefois jamais homologué. Le nouveau temps à battre est celui du second, couronné champion après la disqualification d’Alexandre, soit le 5 h 29 d’Olivier Collin.

« Ça ne sert à rien d’être fâché, c’est comme ça », lance Alexandre Sauvageau, la voix calme. « Harricana, c’est roulant, c’est un parcours qui est pour moi. J’ai pu pousser à la hauteur de mes attentes et je suis satisfait. Je peux juste voir la performance que j’ai livrée. »

L’application stricte du règlement l’a surpris. Il est vrai que le monde des courses de trail au Québec est encore en processus de maturation. Si certaines organisations s’imposent par leur professionnalisme, plusieurs ont encore un petit côté familial et « entre nous », où les contrôles sont moins serrés ou inexistants.

« Dans chaque ultra, tu as du matériel obligatoire, mais on sait que ça n’a jamais été appliqué au pied de la lettre, clame Alexandre. J’ai participé à plusieurs courses où bien des participants que je connais n’avaient clairement pas le matériel obligatoire, et ils n’ont pas été disqualifiés. »

« Tu ne peux pas prendre un règlement qui n’a jamais été appliqué dans aucune course au Québec et, du jour au lendemain, l’appliquer avec fermeté », croit-il. Il aurait souhaité que ces changements soient implantés graduellement.

La directrice générale de l’Ultra-Trail Harricana, Marline Côté, a expliqué sur les réseaux sociaux que le règlement était conçu en fonction des particularités du parcours, qui serpente dans l’arrière-pays de Charlevoix, et où les conditions météo peuvent être changeantes et extrêmes. C’est une question de sécurité pour tous les participants, a-t-elle expliqué.

Alexandre Sauvageau estime pour sa part que « c’est à chacun d’évaluer les risques. »

« On signe une décharge quand on s’inscrit », dit-il. « Moi, ça m’a pris 5 h 25 faire la course, je ne voyais pas les risques. »

Il lui manquait trois éléments obligatoires : la tuque, le manteau et la couverture de survie.

Mylène Sansoucy déçue

Mylène Sansoucy au départ du 65 km - Photo : Vincent Champagne
Mylène Sansoucy au départ du 65 km – Photo : Vincent Champagne

L’athlète de Québec Mylène Sansoucy voulait faire sa course sous les 6 h 30. C’était son objectif personnel, alors qu’elle courait le sentier du 65 km pour la troisième fois (l’an dernier, elle avait remporté le 80 km, dont les 65 km premiers kilomètres sont formés du parcours du 65).

Elle a réussi son pari, terminant première chez les femmes, mais son temps ne sera jamais noté, ni sa position, puisqu’elle a été disqualifiée. Il manquait une tuque dans son sac.

« Ça ne m’excuse en rien, mais comme c’est la troisième année que je le fais, c’est certain que j’ai lu le guide de l’athlète un peu rapidement », explique-t-elle.

Tout comme Alexandre Sauvageau, elle n’a pas assisté au webinaire qui a été donné en ligne avant l’événement, et où les règlements ont été rappelés. Et pour cause : elle était en voyage en France. Une semaine avant l’Ultra-Trail Harricana, elle a pris part à la course CCC de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (17e place).

Si elle l’avait consulté au complet, elle aurait pu lire dans le règlement de 22 pages, disponible en ligne, que l’absence d’un équipement obligatoire lors d’un contrôle ponctuel pouvait entraîner une pénalité de 45 minutes. Par contre, la disqualification est prévue s’il manque un ou plusieurs des éléments suivants : couverture de survie, réserve d’eau, sifflet et tuque.

Mylène ne savait pas que la tuque était requise. « Quand je cours, je n’ai jamais froid à la tête, explique-t-elle. J’ai toujours une casquette. J’étais convaincue qu’avec la casquette sur la tête, ça correspondait à l’équipement obligatoire. »

Elle déplore de ne pas avoir été contrôlée lors de la remise des dossards, comme cela se fait pour les athlètes du 125 km (d’ailleurs, il n’y a eu aucune disqualification sur ce format). Pour les distances de 42 et de 65 km, les contrôles étaient aléatoires à ce moment.

« Si un coureur se faire dire à la remise des dossards qu’il lui manque une tuque, ce n’est pas vrai qu’il ne la mettra pas dans son sac. Il va dire merci et va être reconnaissant d’avoir été averti », ajoute-t-elle.

« Il n’y a personne qui veut tricher. On ne fait pas ça pour gagner notre vie, on fait ça pour le fun », rappelle Mylène, qui en est à sa deuxième disqualification cette saison. Au Québec Méga Trail, en juin, elle s’était trompée de parcours sans s’en rendre compte.

« Je n’en veux pas à l’organisation et surtout pas aux bénévoles (qui l’ont contrôlée sur le parcours). C’est normal qu’ils fassent des contrôles parce que l’événement grossit. Je trouve cependant que la pénalité est lourde », dit Mylène, qui aurait trouvé acceptable une pénalité de temps.

« Je suis fâchée de la situation, mais en même temps, moi je cours pour mon plaisir, et je suis fière de ma course. J’ai fait mon temps, je voulais faire 6 h 29 et je l’ai fait. Je suis fière et le reste… », ajoute-t-elle.

« The mom is back » : Rachel Paquette toujours aussi performante

Rachel Paquette - Photo : Ultra-Trail Harricana
Rachel Paquette – Photo : Francis Fontaine

Une autre déception, cette fois sur le parcours du 42 km, que l’athlète Rachel Paquette a remporté sous les 4 h 30. Comme Alexandre et Mylène, elle a toutefois été disqualifiée, car il lui manquait une couverture de survie.

Rachel clame toutefois qu’elle avait sur elle tout le matériel obligatoire, incluant cette couverture. Si elle ne l’avait pas lors de l’inspection dans les sentiers, c’est que la couverture est tombée dans les bois, explique-t-elle.

Rachel a accouché il y a huit mois à peine, et elle allaite son bébé. Pendant la course, elle a dû s’arrêter, rentrer un peu dans la forêt pour plus de discrétion, et tirer son lait.

« J’ai sorti ma pompe à lait, et à ce moment-là ma couverture de survie, ma carte de crédit et d’autres petites bébelles sont tombées, dit Rachel. Je me dépêchais, je suis repartie vite, je n’ai pas regardé derrière », pensant qu’elle avait tout remis dans son sac.

« Ce n’est pas moi qui voulais courir avec le moins de stock possible ou tricher pour avoir moins de poids : j’ai traîné une pompe à lait! », lance-t-elle.

L’organisation lui a expliqué qu’il fallait appliquer le règlement de façon égale pour tous. « Tant qu’à moi, je trouve cela très sévère, dit Rachel. Ils auraient pu me mettre une pénalité de temps. J’aurais compris qu’on me donne 20-25 minutes, j’aurais peut-être descendu sur le podium, je ne sais pas, mais disqualifiée… »

C’était la première fois en plus d’un an et demi que Rachel pouvait courir plus de trente minutes. « Pour moi, c’était inespéré. Je me dis que toutes les mamans, on est capables d’allaiter et de faire des  choses extraordinaires. Moi, je ne le croyais pas du tout, je pensais même que c’était fini la vie d’athlète. »

« Je pleurais de joie. Je voulais aller montrer mon bébé sur le podium, c’est ça que je voulais faire. »

Malgré tout, « the mom is back », conclut-elle.

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