Les Canadiens Stephanie Case et Gary Robbins au départ de la Barkley

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Gary Robbins – Photo : Alexandre Ricaud

Les indices s’accumulent pour laisser penser que le grand départ de la mythique Barkley Marathon pourrait être donné d’ici 24 h. Les coureurs sont sur place, plusieurs images circulent sur les réseaux sociaux, mais le seul à connaître l’heure exacte du départ reste l’organisateur excentrique Laz.

Le photographe français Alexis Berg, spécialiste du monde de la course en sentier, et qui est sur place, a confirmé à Distances+ que le départ serait donné aujourd’hui ou demain.

Les ultra-marathoniens en sentier canadiens Stephanie Case, Anatoly Ross, Jodi Isenor et Gary Robbins seront du départ de cette course à pied en pleine nature de 160 km dans le parc de Frozen Head au Tennessee, où il neigeait encore cette semaine. La Barkley est considérée comme l’une des courses les plus difficiles au monde, tant elle sort de toutes les normes.

Ce défi hors du commun consiste à faire cinq boucles de 32 km non balisés cumulant près de 20 000 m de dénivelé, soit deux fois plus que l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en France ou que la Hardrock 100 au Colorado. Il s’est révélé tout simplement impossible pour la très grande majorité des participants depuis sa création. Distances+ les suivra tout au long de la fin de semaine.

Rappelons que la Barkley est inspirée de la cavale de l’assassin de Martin Luther King, James Earl Ray, en juin 1977. Le meurtrier s’était évadé de Brushy Mountain, une prison du Tennessee, mais avait été rattrapé 54 heures plus tard dans la forêt. Il n’était parvenu à parcourir que 12 km. À l’époque, le jeune Gary Cantrell, un coureur bien connu de la région, s’était fait la réflexion qu’en autant de temps, il aurait réussi à parcourir 160 km. Neuf ans plus tard, donc en 1986, Cantrell, que tout le monde surnomme Laz, donnait le départ de la première édition de son désormais célèbre ultra-marathon en terrain inconnu.

Valeureux Canadiens

La délégation canadienne comptera dans ses rangs une coureuse élite d’expérience, Stephanie Case, une athlète de 36 ans, avocate spécialisée dans les droits de l’homme auprès des Nations unies. Elle tentera sa chance sur cette course folle où elle sera épaulée par son père avec qui elle souhaite passer du temps avant de retourner travailler en Afghanistan. Elle participera également au mois de mai aux Championnats du monde de trail en Espagne avec l’équipe du Canada.

Gary Robbins tentera pour la troisième fois de réussir l’exploit qui lui avait échappé de justesse l’an dernier. Le Vancouvérois s’était trompé de chemin dans les derniers kilomètres, échouant quasiment sur la ligne d’arrivée symbolique. On se souvient de l’athlète écroulé un très long moment au sol, en état de choc. L’événement tragique avait été relayé dans le monde entier, nourrissant le mythe de la Barkley.

Le Canadien Anatoly Ross tentera aussi sa chance, après avoir terminé deuxième à la « petite » Barkley, appelée Barkley Fall Classic, en 2017.

Depuis 1986, seulement 15 coureurs sur près de 800 ultramarathoniens sont parvenus à parcourir les cinq boucles dans les temps. Parmi eux, l’Américain John Kelly, qui est le seul à avoir terminé la course l’an dernier, mais dont l’exploit avait été éclipsé par l’émouvant final de Gary Robbins. Et cette année, John Kelly fera partie de l’équipe de soutien du Canadien.

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Parc Frozen Head Photo : courtoisie

Une course de plus en plus prisée

Au fils des années, la Barkley est passée du statut d’événement marginal, un peu secret, à celui de course médiatisée, même si peu de vedettes sportives y participent. Le nombre de coureurs qui envoient une lettre de motivation à Laz pour participer à cet événement ne cesse de croître, mais il n’en retient que 40. Ses critères de sélection, obscures, n’ont rien à voir avec les exploits sportifs des concurrents et lorsqu’il arrête finalement son choix, les heureux élus reçoivent une lettre de condoléances débutant ainsi : « J’ai le regret de vous annoncer que vous avez été retenu pour participer à la Barkley. »

Il n’y a pas de prix pour souffrir

Il ne faut débourser que 1,60 $ pour participer à la Barkley. Il n’y a pas d’arches de départ, pas de stations de ravitaillement, aucun commanditaire sur le site et seuls trois amis de Laz participent à l’organisation, dont un qui cuisine les haricots et l’autre qui s’occupe du chrono.

Pour ajouter à l’originalité de la course, afin de prouver que vous avez terminé chaque boucle, vous devez trouver une dizaine de livres cachés à différents endroits le long du parcours et rapporter une page de chaque livre.

Six Français prendront également le départ cette année, dont le sportif toulousain Remy Jégard qui y sera pour la quatrième fois.

L’organisation n’ayant pas de site web, on peut surveiller tout au long du week-end la page Facebook « Les Français à la Barkley » ou encore le compte Twitter de Keith Dunn, un supporteur américain de longue date de la Barkley, pour avoir des mises à jour et les résultats. Ce dernier a promis, pour rigoler tôt ce matin, que s’il atteignait  10 000 abonnés sur son compte Twitter, Gary Robbins terminerait la Barkley.

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