Danny Landry complète le Tor des Géants en six jours

Danny Landry a passé la ligne d'arrivée du Tor des Géants après plus de 137 h de course - Photo courtoisie
Danny Landry a passé la ligne d’arrivée du Tor des Géants après plus de 137 h de course – Photo : courtoisie

Sur les cinq coureurs en sentier qui ont traversé l’Atlantique depuis le Québec pour affronter le Tor des Géants dans les Alpes italiennes, mi-septembre, seul Danny Landry a franchi la ligne d’arrivée. Il a parcouru 353 km et 27 500 m de dénivelé cumulés en 137 heures et 35 min, soit six jours.

Martine Marois, sa conjointe et partenaire d’entraînement, a perdu connaissance à bout de force après 192 km. Stéphane Poulin, qui avait complété l’épreuve l’an passé en 113 h, ainsi que Maxime Simard, ont également été contraints à l’abandon. Frédéric Déry était sur la liste des participants au Tor, mais il ne fait pas non plus partie des 534 finisseurs.

Photo courtoisie
Photo : courtoisie

Celui qui est allé au bout du chemin

Malgré la durée de l’épreuve, Danny Landry, 45 ans, a démarré sa course en lion. « Les premières heures, j’ai couru avec Stéphane Poulin, qui est très fort. C’est quand j’ai dépassé la Canadienne Stephanie Case que je me suis dit : “Je pense que je suis mieux de lever le pied” », a-t-il raconté à Distances+.

La course de Danny s’est globalement bien déroulée, avec en prime un bon moral, mais il a dû passer outre la rudesse des petits matins, où la souffrance et la lassitude étaient à leur maximum. « Quand tu as passé la nuit à te promener avec une lampe frontale, tu marches comme un zombie », a-t-il précisé.

En plus de la chaleur, parfois torride sur les portions de bitume, son sommeil a été compliqué à gérer. Un sommeil minimaliste qui consistait en des pauses de 30 à 45 minutes deux fois par jour.

« J’ai eu de la difficulté à m’endormir parce que dans les bases de vie c’était cacophonique tellement il y avait du monde, explique Danny. J’utilisais plutôt les refuges en montagne, mais Vincent Houle (finissant du Tor des Géants en 2017) m’avait recommandé de ne pas dormir au-delà de 2400 m, car le corps a besoin de plus d’énergie pour pomper le sang et le repos n’est pas optimal. »

« Il y a une énergie bizarre qui se manifeste après trois ou quatre jours, a découvert Danny Landry. Un pas à la fois, tu franchis des distances considérables. C’est surprenant de voir comment le corps peut accumuler les kilomètres et continuer d’avancer. Je savais quand dormir, quoi manger et en quelle quantité, j’étais devenu une machine bien rodée. »

Il a passé la ligne d’arrivée à Courmayeur, à 4 h du matin, après six jours de course. Les rues étaient désertes, mais il a été accueilli par ses coéquipiers malheureux. « Mes premiers mots ont été : ça fait six jours! Six jours que je n’ai pas vu mes proches. Six jours que je n’ai pas dormi. Six jours, c’est un temps incroyablement long dans une course », se remémore Danny.

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Le coureur de vancouver Jeff Pelletier en compagnie des québécois Danny Landry, Martine Marois, Maxime Simard et Stéphane Poulin avant le départ – Photo : Jeff Pelletier

Oser la folie

« Le Tor des géants était un défi fou puisque ma plus grande distance à vie était 100 km, a-t-il fait remarquer. Les gens me disaient : “Tu es complètement fou”. Je le sais et c’est comme ça que je fonctionne, j’aime me pousser. »

Le décor de carte postale ajoute encore à l’expérience, s’est enthousiasmé le coureur. « Tu poses les yeux quelque part, tu ne peux pas rester muet, c’est fou. Quand ça ne va pas, il suffit de lever les yeux. »

Il retient l’importance d’aller au bout de sa folie. « Oser, c’est un exercice qu’on devrait faire plus souvent. Si je n’avais pas osé, si je m’étais simplement dit “c’est beaucoup trop grand pour moi”, jamais je ne serais parvenu à réussir avec autant de fierté. »

Celle qui est allée au bout d’elle même

Martine Marois s’est pour sa part littéralement effondrée après 192 kilomètres, terrassée par la faim et l’épuisement.

« J’ai une intolérance sévère au gluten donc je ne pouvais pas prendre le risque de m’alimenter dans les ravitos, a-t-elle précisé. J’utilise une poudre avec des électrolytes, des glucides et des protéines. Mon corps était habitué à fonctionner sur cette diète liquide, mais j’ai changé mes bouteilles rigides pour des molles. L’impact était que ma poudre ne se mélangeait plus, elle demeurait dans le fond. Je n’avais plus mes nutriments », a-t-elle expliqué.

La coureuse de 44 ans avait de la difficulté à estimer le temps de déplacement entre deux bases de vie, elle a manqué de nourriture à la fin de son parcours. « La lumière s’est éteinte tout d’un coup, a-t-elle résumé. Quand je me suis réveillée, j’étais entourée des fermeurs et j’étais incohérente. J’ai été transportée en ambulance jusqu’à la base de vie. Je me suis réveillée douze heures après et j’ai enfin été en mesure de manger. »

Bien remise de sa mésaventure, Martine compte bien s’attaquer de nouveau au Tor. « C’est dans le fond mes tripes, c’est ma place, je vais le fais avec une équipe de soutien », assure-t-elle déjà.

Le couple de coureurs amoureux de défis Martine Marois et Danny Landry - Photo courtoisie
Le couple de coureurs amoureux de défis Martine Marois et Danny Landry – Photo : courtoisie

Un projet d’équipe(s)

Le couple de Saint-Amable a décidé de s’inscrire au Tor des Géants en mars dernier.

« C’est Danny qui a été l’instigateur du projet, a souligné Martine Marois. Moi je n’avais pas été pigée, mais quand Danny et deux autres personnes de notre groupe (Maxime Simard et Stéphane Poulin) l’ont été, Danny m’a dit : “Ça ne passe pas deux fois, let’s go, on t’achète le dossard de solidarité. On saute, on plonge”. »

Pour la petite histoire, avant d’être en couple, Martine, qui est kinésiologue, était la coach de Danny, à une époque où il était en surpoids et où il consommait « beaucoup d’alcool ». « Drastiquement, j’ai décidé de changer parce que je voulais un meilleur avenir. De fils en aiguille, les défis se sont succédé », avec Martine.

Pour l’objectif Tor, Martine, Danny, Maxime et Stéphane se sont minutieusement préparés, bénéficiant de l’émulation de groupe et de l’expérience des uns et des autres.

« On a eu la chance de recréer ce que Stéphane et Vincent (Houle) avaient fait, s’est félicité Danny. On s’est entraînés aux États-Unis presque tous les week-ends pour aller chercher du D+. »

Les Canadiens Galen Reynold et Stephanie Case s’illustrent

Le grand vainqueur de l’édition 2018 du Tor des Géants est l’Italien Franco Colle. Il a parcouru l’ultra-distance en seulement 74 h et 03 min.

Le Canadien Galen Reynold a terminé sur la deuxième marche du podium une demi-heure plus tard.

La Canadienne Stephanie Case, qui courait sous les couleurs de l’Afghanistan, où elle travaille comme avocate spécialisée dans les droits de l’homme auprès des Nations unies, est arrivée, comme l’année dernière, en quatrième position chez les femmes, avec un temps de 98 h et 17 min. En 2016, elle avait terminé à la deuxième place.

Le coureur de Vancouver Jeff Pelletier, du Team Salomon, a pour sa part terminé 63e en 107 h 31 min.