Comment se préparer aux situations d’urgence en entraînement

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Photo: Valérie Bélanger

Les services de ravitaillement et de premiers soins offerts lors des courses organisées nous donnent une certaine paix d’esprit. En cas d’incident, un participant peut espérer obtenir de l’aide dans des délais raisonnables. Lorsqu’on court en sentier en dehors de cet encadrement, on ne peut compter que sur soi-même pour se sortir du pétrin. Voici quelques conseils pour parer aux imprévus qui pourraient transformer une simple sortie de routine en une aventure un peu trop longue.

Parce que les imprévus arrivent

David Bombardier court en sentier depuis trois ans. Il se décrit comme un coureur de niveau intermédiaire qui aime repousser ses limites. Il a plusieurs ultramarathons à son actif, de même que des aventures réalisées en autonomie, sa plus récente étant un double enchaînement des dix sommets de la Chaîne présidentielle des montagnes Blanches en une journée. « Pour régler le problème de la navette… une idée de fou! », disait-il en entrevue, quelques jours avant d’entreprendre le projet.

Par une journée de pluie au printemps dernier, David sort courir 45 minutes sur les sentiers de Bromont. Il pleut à boire debout, il fait 7 °C et il ne porte qu’un short et un coupe-vent. Pas d’eau, pas de nourriture, pas de cellulaire. Ce dernier est resté dans l’auto. « Je n’avais pas de Ziploc et je ne voulais pas l’abîmer! » À 3 km de sa voiture, il enjambe un fossé, perd pied et se retrouve par terre avec un doigt disloqué. À la vue du doigt difforme, David sent ses jambes ramollir et il doit rester en petite boule au sol quelques minutes, immobile sous la pluie froide, pour ne pas perdre la carte. Rapidement, il réalise que l’hypothermie le guette et qu’il doit se sortir de là.

« C’est la première fois que j’ai eu peur. Il m’est arrivé souvent de repousser mes limites et de me mettre dans des situations de pseudo-danger. Mais là, je me suis retrouvé à l’urgence, ce n’était pas prévu! », raconte-t-il.  Heureusement, il avait deux jambes pour se rendre à sa voiture et il était relativement près de la civilisation.

Sara Issa lors de son évacuation au mont Saint-Hilaire. Photo: Dave Mackey
Sara Issa lors de son évacuation au mont Saint-Hilaire. Photo: Dave Mackey

Une chute de trop

Il n’est pas nécessaire d’être en milieu très isolé pour être « loin » des services d’urgence. Dès qu’on se trouve sur un sentier inaccessible aux véhicules, le temps d’intervention des secours est plus long qu’en ville, puisqu’il faut rejoindre le coureur et l’évacuer à pied. Sara Issa, une coureuse de Montréal, en sait quelque chose. Il y a quelques semaines, lors d’une sortie au mont Saint-Hilaire avec un ami, elle a passé une heure immobile au sol avec un genou ouvert jusqu’à l’os, après avoir buté sur un rocher pointu. C’est le meilleur délai auquel on peut s’attendre de la part d’une équipe qui doit d’abord être informée de la situation, puis parcourir quelques kilomètres avec de l’équipement pour rejoindre un blessé. Elle se compte chanceuse d’avoir pu compter sur des professionnels qui étaient en poste près du lieu de l’accident. « Imagine si j’étais dans les Adirondacks! Je vais certainement mieux penser à mon affaire la prochaine fois. Ce n’est pas une trousse de premiers soins de base avec des petits bandages qui peut aider dans ces situations-là »,dit-elle.

Se préparer à attendre les secours

Quelles précautions devrait-on prendre lorsqu’on part courir en nature et que les services d’urgence peuvent mettre plusieurs heures à se pointer? Est-ce qu’on a vraiment besoin d’un sac à dos plein d’équipement, au cas où? On entend déjà les amateurs de légèreté se plaindre…

« Avant de penser à partir avec plein de matériel, le plus important, c’est d’avoir un ange gardien », explique Renée-Claude Bastien, enseignante et coordonnatrice du programme de guide en tourisme d’aventure du Cégep Saint-Laurent. À son avis, un coureur qui informe un ami de son itinéraire et de son heure approximative de retour se donne un bon filet de sécurité, car en cas de blessure qui le contraint à l’immobilité, son ange gardien saura où et quand envoyer de l’aide, même si aucune communication n’a lieu entre les deux.

« Ensuite, c’est important de comprendre que si on devient immobile en attendant l’arrivée des secours, ce n’est pas la faim ou la soif qui va aggraver la situation, mais bien le fait d’être exposé à l’environnement », ajoute-t-elle. L’été, le soleil est le principal ennemi si on y est exposé. Quant à la pluie et au vent, ils peuvent vite faire baisser la température d’un corps immobile. Renée-Claude Bastien suggère d’apporter une petite toile ultralégère en nylon qui peut servir d’abri en attendant les secours.

Pour les sorties hivernales, elle mentionne un petit manteau en duvet mince, de bonnes mitaines chaudes (et non des gants de course) et une paire de chaussettes de rechange, de manière à garder les organes vitaux au chaud et à éviter les engelures aux extrémités. Elle rappelle aussi que le sac à dos peut servir d’isolant entre le corps et le sol. Bien que la couverture de survie soit populaire été comme hiver, madame Bastien préfère un petit bivouac d’urgence, qui est plus efficace pour protéger le corps en entier. « Il existe des matériaux de plus en plus légers et compressibles qui n’ajoutent pas énormément de poids au sac à dos », dit-elle, en ajoutant que l’eau, la nourriture et le téléphone ne sont pas à négliger pour autant.

Gérées adéquatement, l’hydratation et l’alimentation contribuent à maintenir la température corporelle. Il est donc important d’apporter des rations d’urgence, en plus des collations dont on aura besoin pour courir. Les rations très riches en calories sont les plus utiles : noix, saucisson sec, fruits séchés, etc. Pour les longues sorties en région isolée, un outil de purification de l’eau est une excellente idée. La paille LifeStraw est efficace même pour l’eau stagnante (lac ou flaque d’eau). Les comprimés de traitement de l’eau sont toutefois suffisants si on a accès à une source d’eau claire (ruisseau ou rivière).

Pour communiquer avec l’extérieur, le téléphone cellulaire est utile s’il est à l’abri de l’eau, si la pile est chargée et si on est à portée d’un réseau. Une balise de détresse est à considérer pour les longues aventures en terrain complexe. Une lampe frontale peut servir à envoyer des signaux visuels. La plupart des sacs de course sont munis d’un sifflet. Trois coups consécutifs signifient qu’on a besoin d’aide.

En résumé

  • Avant toute chose: informer un ami du parcours choisi et de l’heure prévue de retour!

Matériel à considérer pour toute sortie en milieu naturel:

  • Eau et collations à haute teneur en calories
  • Téléphone cellulaire
  • Sifflet
  • Couverture de survie, toile-abri ou bivouac d’urgence (selon le climat et le terrain)
  • Lampe frontale (piles de rechange si longue sortie)

Pour longues sorties ou terrain complexe, ajouter:

  • Outil de purification de l’eau
  • Balise de détresse si peu de réseau ou si la pile du téléphone risque d’être vide avant le retour
  • Mitaines et chaussettes chaudes, manteau en duvet mince (hiver et montagnes)

 

Montagnes Blanches: un exemple d’environnement qui requiert une bonne planification. Photo: David Bombardier

Le sac plus lourd, l’esprit plus léger

David Bombardier a tiré de bonnes leçons de sa mésaventure. Mais il réalise qu’on oublie rapidement, et c’est ce qu’il souhaite rappeler aux coureurs. « Lorsqu’on court en sentier, on se sent invincible, mais il s’agit d’une petite niaiserie pour que tout tourne mal », constate-t-il, en ajoutant qu’il n’a plus peur de mettre quelques grammes de plus dans son sac lors de ses sorties. « Ta vie vaut bien plus que quelques grammes! »


Valérie Bélanger est guide en tourisme d’aventure et nomade en chef chez Nomade Actif – Voyages de course en sentier. Diplômée du programme Wilderness Leadership de l’Université Capilano (Colombie-Britannique) et certifiée Mountain Leader (Royaume-Uni), elle a guidé de nombreux voyages sportifs en Amérique du Nord et en Europe.