Comment garder le moral quand le corps flanche?

La chronique du Doc Benoit

Le doc Simon Benoit est un adepte de la course à pied, mais il pratique plusieurs autres sports comme le cyclisme - Photo : courtoisie
Le doc Simon Benoit est un adepte de la course à pied, mais il pratique plusieurs autres sports comme le cyclisme, notamment en ce moment, le temps de soigner son tendon d’Achille – Photo : courtoisie

Que l’on soit coureur récréatif ou élite, la course à pied prend de la place dans notre vie. Lorsqu’une blessure nous prive de notre essence pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, la tête devient à son tour à haut risque de blessure.

Des coureurs blessés, j’en ai vu des tonnes. Des blessures, j’en ai subies plusieurs. Cela fait d’ailleurs six semaines que je n’ai pas couru, en raison d’une vilaine tendinopathie d’Achille. C’est l’occasion pour moi d’essayer de mieux comprendre la source du sentiment d’impuissance du coureur blessé afin d’élaborer les stratégies pour évacuer la souffrance qui en découle.

La place de la course dans une vie de coureur

Pour bien comprendre la dimension que peut prendre l’amour de la course, je vous propose quelques réponses fréquemment entendues de la bouche de coureurs lorsqu’on leur pose la simple question : « pourquoi cours-tu ? »

– « Je cours simplement parce que j’aime ça. »
– « Ça fait partie de mon quotidien, c’est mon moment pour moi. »
– « Lorsque je sors courir, c’est ma période d’introspection. »
– « C’est mon moment pour faire le vide de façon saine. »
– « Courir, c’est mon échappatoire saine. »
– « La terre cesse de tourner lorsque je sors courir. »
– « Courir, c’est faire partie d’une communauté de coureurs. »
– « Mes amis courent. On fait ça ensemble en famille. »
– « C’est mon mode de vie. »
– « La course à pied, c’est mon moyen de transport.»
– « La course à pied me fait découvrir ma ville sous un autre angle. »
– « Courir, c’est une façon de me valoriser, d’être fier de moi, de me distinguer. »

Bref, il n’est pas rare d’entendre les adeptes de course à pied se définir en partie ou en totalité comme « coureurs ». La course à pied, c’est simple, mais c’est gros. Pour plusieurs, c’est bien plus qu’une activité, c’est un plaisir quotidien nécessaire pour contrebalancer les sources de stress et les irritants que nous côtoyons au jour le jour.

La chimie du cerveau

Nous avons déjà souligné, dans une chronique précédente sur la prescription de l’activité physique dans les problématiques de santé mentale, l’impact de l’effort physique sur la chimie du cerveau. Plusieurs hypothèses hormonales permettent d’expliquer l’augmentation de la croissance neuronale dans les centres du plaisir et de la récompense du cerveau. Le constat est indéniable : l’activité physique incite à adopter de saines habitudes de vie influençant positivement l’humeur. Le simple fait d’être actif favorise en soit une chimie du cerveau optimale.

Isolation, anxiété, faible estime de soi, dépression

Quand on ne peut plus courir, on peut se retrouver rapidement à l’écart de notre équipe, de notre club et de nos amis coureurs. Aucune méchanceté ici, mais si on ne peut pas courir, on ne participe pas aux sorties, c’est mathématique. Le coureur perd donc potentiellement une partie de ses repères sociaux, ce qui peut devenir grandement anxiogène.

L’anxiété peut se manifester de différentes façons. La crainte de garder des séquelles, de ne pas venir à bout de guérir ou de ne pas récupérer à temps pour un événement important. Le fait de se sentir déconditionné pendant que nos amis, coéquipiers ou rivaux continuent de progresser n’est pas sans impacts. Un accident peut également provoquer des symptômes de choc post-traumatique avec crainte persistante de se blesser à nouveau.

Le lâcher-prise

Quoi faire lorsqu’une blessure amène une période de famine prolongée? Les stratégies sont nombreuses. Dans la mesure du possible, il faut éviter le repos complet. Soyez créatifs. Trouvez d’autres sources d’entraînement qui vous permettront de demeurer actif en réduisant le stress imposé à la région blessée (quantification du stress mécanique). Le vélo et la natation sont les meilleurs amis du coureur blessé. Non seulement l’entraînement croisé permet d’accélérer la guérison d’une blessure, mais il permet aussi de rester actif. Je ne le répéterai jamais assez, l’adoption d’un style vie actif constitue une stratégie sans pareille pour maintenir une chimie du cerveau optimale et se doter d’une échappatoire saine précieuse au quotidien pour nous protéger contre l’impact sournois de l’accumulation des sources de stress de la vie.

L’être humain a tendance à s’entêter à vouloir contrôler ce qui est clairement hors de son contrôle. Ceci peut représenter une dépense d’énergie non productive significative en plus de contribuer à générer davantage d’anxiété. Il peut être utile de rationaliser la situation anxiogène en mettant sur papier chaque élément sur lequel on peut avoir un réel impact afin de mettre sa concentration, ses efforts, ses espoirs sur ces derniers.

Gardons en tête qu’une blessure impose parfois de refaire le point sur les motivations de l’entraînement, les objectifs et l’équilibre de vie. Cette démarche est très saine et pertinente pour tous. Vous pourriez retrouver l’occasion et le temps pour vous adonner à d’autres passions et intérêts trop souvent laissés de côté. Ressortir son côté musicien, bricoleur, peintre ou artiste permet de garder la tête hors de l’eau et pourrait redéfinir à la hausse votre équilibre de vie au long cours.

Alors voilà, chers coureurs blessés, je viens de vous livrer ce que je tente de mettre moi-même en place non sans difficulté depuis un mois et demi. Ça prend du courage et de la détermination. Les vrais champions sont ceux qui sont prêts à faire ce qu’il y a à faire pour atteindre leurs objectifs. Soyez créatifs et gardez la tête froide en ne perdant pas de vue le « big picture » de votre vie qui peut se redéfinir d’une multitude de façons le temps d’une réadaptation. Je vous laisse avec quelques-uns de mes termes préférés : résilience, courage, persévérance, conviction, humilité, travail, sacrifices, amitié, passion, communauté.


Simon Benoit est médecin de soins critiques en urgence, en plus de tenir une pratique de bureau axée sur la médecine sportive. Il est membre de l’Association québécoise des médecins du sport. Il est également diplômé en physiothérapie et en chiropratique et est ambassadeur de La Clinique du Coureur. Lisez tous ses textes !

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