Faire des ultras, est-ce de la folie?

La chronique du Doc Benoit

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Le Club de trail de Montréal – Photo : courtoisie

Les ultramarathoniens et amateurs d’Ironman sont-ils des cinglés irresponsables qui mettent naïvement leur santé en péril, selon ce qu’avancent nombre de détracteurs? Tentons de répondre objectivement à cette question à partir des connaissances scientifiques actuelles les plus récentes.

L’American College of Sports Medicine et la Société canadienne de physiologie de l’exercice recommandent un minimum de 150 minutes par semaine d’activité physique à intensité modérée ou 75 minutes par semaine à intensité élevée pour la population générale adulte.

Aussi peu que 30 minutes par semaine de marche (10min/jr, 3 jr/sem.) auraient un impact positif sur la santé. Les effets sont bien reconnus : amélioration de la glycémie à jeun, baisse du taux de mauvais cholestérol et du niveau d’anxiété, meilleure humeur, meilleure digestion, meilleur sommeil, hausse du niveau d’énergie et de la capacité de concentration, de l’efficacité au travail et, même, de la libido!

Au moins trois méta-analyses récentes pointent vers une réduction de mortalité de toutes causes de 20 à 50 %, augmentant en importance plus l’intensité et la durée de l’activité physique sont élevées. Aucun médicament ni aucune intervention médicale ou chirurgicale n’ont pu à ce jour avancer de tels chiffres. Même l’aspirine, qui est la grande championne de l’industrie pharmaceutique, n’arrive pas à la cheville des bienfaits de l’activité physique.

Notons toutefois que la durée maximale étudiée n’est que de 300 minutes par semaine à intensité modérée, ce qui est bien loin du fardeau d’entraînement auquel s’adonnent les plus tordus. Est-ce que les gains s’estompent après une certaine durée ou intensité? Est-ce que des effets négatifs pourraient prendre place au-delà d’un certain seuil? Malheureusement, nous ne possédons pas actuellement d’informations suffisantes pour répondre précisément à cette question épineuse. Si, toutefois, nous utilisons nos connaissances actuelles pour extrapoler une hypothèse plausible, rien ne porte à croire que la courbe de bénéfices sur la mortalité de toutes causes changerait sa direction avec un niveau plus élevé d’entraînement. Nous savons que plus nous faisons de l’exercice, plus les bénéfices de l’exercice sont importants. Il est raisonnable de croire que les entraînements pour les ultras sont encore plus bénéfiques que pour des distances moins longues.

À la suite d’une épreuve d’ultra-endurance, le cœur, tout comme les jambes et les autres muscles sollicités, est fatigué et ne peut plus générer autant de force. Tous les tissus musculaires ont besoin d’un temps de récupération. Lorsqu’il fournit un effort marqué et tombe en état de fatigue, le muscle cardiaque libère des biomarqueurs (troponines, CK-MB et BNP) qui peuvent se mesurer en laboratoire par une prise de sang. Ces derniers peuvent rester élevés de façon transitoire jusqu’à 10 jours. De récentes études par résonance magnétique cardiaque n’ont démontré aucun dommage du muscle cardiaque lié à cette élévation à la suite d’une épreuve de marathon. Nous pouvons donc croire que ce pourrait être un signe que le cœur, comme les jambes, se remodèle après l’effort pour être plus fort et performant lors du prochain entraînement ou de la prochaine course.

Pour conclure, je dirais que les risques associés à la course à pied sont bien minces et flous en comparaison de ses nombreux bénéfices qui, eux, sont clairs et tangibles. Nous savons même aujourd’hui que les accusations de longue date d’usure prématurée des genoux liée à la course à pied sont totalement fausses.

La course à pied, peu importe le niveau d’entraînement, demeure l’activité physique la plus accessible, sécuritaire et bénéfique pour la santé. C’est un « no brainer ».

Félicitons les sportifs. Soulignons l’importance des efforts et des sacrifices qui, non seulement contribuent positivement à notre santé, mais sont source d’inspiration et de motivation dans tous les autres défis engendrés par la vie. Influençons positivement nos enfants, familles, collègues et amis. Que l’épidémie soit comme un tsunami, soyons contagieux!


Simon Benoit est médecin de soins critiques en urgence, en plus de tenir une pratique de bureau axée sur la médecine sportive. Il est membre de l’Association québécoise des médecins du sport. Il est également diplômé en physiothérapie et en chiropratique et est ambassadeur de La Clinique du Coureur.