Anti-inflammatoires : êtes-vous sûr de vraiment vouloir en prendre?

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Photo : Ultra-Trail Harricana / Olivier Michallet

Nombreux sont les coureurs qui consomment des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS ) de façon routinière pour atténuer les inconforts liés à l’entraînement ou dans le but de réduire la perception d’inconfort et d’améliorer sa performance lors d’une course.

Dans cette classe de médicaments, on trouve l’ibuprofène (Motrin et Advil), le naproxène (Aleve et Naprosyn), le célécoxib/COX-2 (Celebrex), l’indométacine (Indocid), le méloxicam et le diclofénac (Voltaren), pour ne nommer que ceux-là.

Quels sont les bénéfices réels et quels sont les risques? Distances+ fait le tour de la question.

L’efficacité analgésique des AINS est bien reconnue mais varie passablement d’une condition à l’autre selon la nature et la chronicité d’une blessure. Les lésions ligamentaires « fraîches » peuvent bénéficier de l’utilisation « courte » d’AINS pendant la phase inflammatoire de la blessure, donc au maximum quelques jours.

Il est cependant pertinent de noter que certaines études démontrent qu’après six mois la laxité ligamentaire serait augmentée, les amplitudes articulaires réduites et le taux de récidive plus élevé chez les utilisateurs d’AINS. La cause serait-elle le retour trop précoce à l’activité ou l’utilisation d’AINS? Le doute persiste.

Par ailleurs, il est maintenant bien établi que les AINS ralentissent la guérison des fractures en altérant certaines hormones nommées prostaglandines. Leur utilisation est donc à proscrire pour les fractures de stress bien connues chez le coureur.

Les tendinopathies par surcharge (tendinopathie d’Achille, rotulienne, syndrome fémoropatellaire, syndrome de la bandelette iliotibiale, etc.) ne sont pas des pathologies inflammatoires. C’est pourquoi l’appellation « tendinite » laisse maintenant place à « tendinopathie », qui représente mieux le phénomène de surmenage non inflammatoire réellement en place. Il y a donc moins de bénéfices à traiter ces pathologies non inflammatoires à l’aide d’AINS.

Selon une étude publiée en 2013 dans le prestigieux British Medical Journal, au moins 50 % et jusqu’aux deux tiers des coureurs consomment des AINS avant un marathon. Environ 10 % d’entre eux prennent des doses au-dessus de celles recommandées. Pourtant, deux études récentes de bonne qualité ont démontré que l’utilisation prophylactique d’AINS ne modifie pas la perception de la douleur aux jambes lors d’une épreuve d’endurance et ne bonifie pas la performance.

Les effets secondaires associés à la prise d’AINS sont importants et à considérer sérieusement. Environ 12 % des coureurs ayant consommé des AINS souffriront d’effets secondaires. Plus la dose prise est importante et prolongée, plus l’incidence et la sévérité des impacts négatifs seront importantes.

Trois classes d’effets secondaires ressortent :

Les effets secondaires gastro-intestinaux

De loin les effets secondaires les plus fréquents, ils sont plus importants lorsque les AINS sont consommés sur une base régulière. Les études soulèvent une incidence de gastrites et d’ulcères gastriques ou duodénaux chez 15 à 30 % des utilisateurs réguliers.

Lors d’une épreuve d’endurance ou d’ultra-endurance, le sang est dévié du système digestif vers les groupes musculaires à l’effort dont la demande en oxygène est augmentée. L’estomac et les intestins se retrouvent alors irrités et fragilisés. Autre fait intéressant, on observe que les crampes abdominales menant à l’abandon d’une épreuve sont également plus fréquentes chez les coureurs qui ont pris des AINS.

Les effets secondaires rénaux

Les prostaglandines sont des hormones importantes pour le bon fonctionnement des reins. Leur inhibition par la prise d’AINS constitue un facteur de risque significatif d’insuffisance rénale. Le risque est nettement accru si on ajoute à ceci un contexte de déshydratation (qui est un enjeu considérable dans la pratique des épreuves d’endurance) et de lyse musculaire. La libération de protéines musculaires nommées CK est favorisée par les effort soutenus surtout excentrique (lorsque le muscle force en s’allongeant comme lors de descentes soutenues) qui peuvent causer des dommages rénaux.

Par ailleurs, selon des études préliminaires, l’état d’« hyponatrémie » (intoxication à l’eau), craint chez l’ultra-marathonien, serait observé plus fréquemment s’il y a eu prise d’AINS. Nous ne comprenons toutefois pas encore tout à fait les mécanismes en jeu pour expliquer cette deuxième observation et plus de recherches sont requises pour émettre des recommandations claires à ce sujet.

Les effets secondaires cardiovasculaires

Le risque d’évènements cardiovasculaires de type infarctus dans la population générale serait augmenté par les tous les anti-inflammatoires et plus particulièrement ceux de type célécoxib/COX-2. De plus, tous les anti-inflammatoires ont un effet hypertenseur et devraient être évités par les coureurs traités pour de l’hypertension.

À la lumière de tout ceci, soulignons qu’il existe des alternatives à l’utilisation d’AINS. Les études démontrent que l’acétaminophène (Tylenol) présente une efficacité analgésique similaire à celle des AINS et un profil d’effets secondaires nettement moins nocif lorsqu’une posologie maximale de 4 g/24 h est respectée. Rappelons également que la glace représente une excellente modalité analgésique et anti-inflammatoire.

Une chose est certaine, la prise d’AINS lors d’épreuves d’endurance et d’ultra-endurance devrait être proscrite et une sensibilisation devrait être prodiguée à cet effet par les promoteurs d’événements. Si une prise d’AINS est vraiment requise en période d’entraînement, l’addition d’une protection gastrique de type IPP (Pantoloc, Dexilant, Nexium) ou anti-H2 (Zantac) réduit considérablement (de plus de 50 %) le risque d’effets secondaires gastriques. Finalement, les formulations en gel (Voltaren Emulgel) sont une option intéressante pour réduire les effets secondaires systémiques des AINS sans en réduire l’efficacité.

De façon générale, jouer à l’autruche en tentant de masquer à tout prix la douleur pour devancer un retour à l’entraînement est rarement « payant » pour un athlète. Mieux vaut prendre le temps nécessaire pour guérir complètement et effectuer un bon retour progressif en consultant un professionnel spécialisé et compétent.

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Cet article est un résumé de deux articles parus précédemment sur Distances+. Pour aller plus en profondeur sur le sujet, consultez les!

Les effets secondaires des anti-inflammatoires : à connaître avant d’avaler tout rond

Les anti-inflammatoires et le coureur : controverse et options


Simon Benoit est médecin de soins critiques en urgence, en plus de tenir une pratique de bureau axée sur la médecine sportive. Il est membre de  l’Association  québécoise  des  médecins du sport. Il est également diplômé en physiothérapie et en chiropratique et est ambassadeur de La Clinique du Coureur. Lisez tous ses textes !