Les tiques sont rendues chez nous et elles sont là pour de bon

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Photo : Centers for Disease Control and Prevention / United States Department of Health and Human Services

Il faut se faire à l’idée, la maladie de Lyme va continuer de se développer sur notre territoire. D’ici peu, la très grande majorité de la population du Québec vivra près d’endroits où le risque de transmission de la maladie de Lyme par une tique porteuse sera présent, comme c’est le cas actuellement dans plusieurs États du nord-est américain.

Gardez toutefois le sourire, car il y a des solutions ! Il suffit de se conscientiser. Les mesures préventives sont accessibles et la routine d’inspection, dont nous parlerons plus bas, n’est pas si compliquée.

Distances+ vous présente une fiche complète et utile pour tous les coureurs en sentier et autres amateurs de plein air du Québec.

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Petite histoire de la maladie

La maladie de Lyme est l’affection transmissible par un vecteur animal la plus fréquente dans l’hémisphère Nord. Elle est vieille comme le monde, mais n’a été identifiée formellement qu’en 1977 au Connecticut, dans la ville de Lyme.

La souris à patte blanche serait en partie responsable de la progression de la maladie. Le réchauffement climatique que nous vivons incite cette souris à migrer vers le nord d’environ 10 km par année, ce qui explique son apparition chez nous depuis quelques années.

La tique est un parasite courant de ce petit rongeur. Il s’agit d’un acarien qui vit environ deux années, au cours desquelles il se nourrira trois fois, ce qui lui permettra de passer du stade de larve à celui de nymphe, puis à celui de tique adulte. Elle se perche typiquement sur la végétation et attend qu’on la frôle pour s’agripper à son hôte. Lors de chacun des stades de son développement, elle sera en mesure d’atteindre une végétation plus élevée et de s’accrocher à un hôte de plus grande taille, comme le chevreuil ou l’humain.

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Photo : U.S.A. National Park Service

Comment se transmet la maladie de Lyme ?

La transmission prend place lorsque la souris à pattes blanches (ou tout autre animal vecteur : rongeur, oiseau, etc.) est infectée par Borrelia burgdorferi, un spirochète (famille de bactéries). L’hôte infecté contamine la tique, qui pourra à son tour transmettre la maladie à tous ses futurs hôtes. Au Québec, c’est la tique à pattes noires (Ixodes scapularis) qui est responsable de la maladie de Lyme.

Quelles sont les régions les plus affectées au Québec ?

Au Québec, les données disponibles permettent de confirmer la présence de populations de tiques établies et infectées par la Borrelia burgdorferi, particulièrement dans les zones suivantes :

  • le nord et l’ouest de l’Estrie;
  • une grande partie de la Montérégie;
  • le sud-ouest de la région de la Mauricie-et-Centre-du-Québec;
  • le sud-ouest de l’Outaouais.

Vous pouvez consulter ici et ici la liste des municipalités du Québec
avec leur risque d’infection respectif.

Quels sont les signes et symptômes de la maladie ?

Les symptômes et signes cliniques de la maladie sont souvent très peu spécifiques et peuvent varier énormément d’une personne à l’autre. Dans plus de la moitié des cas, les patients ne se souviendront pas d’avoir été piqués par une tique, ce qui complique énormément le processus diagnostique.

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Photo : Hannah Garrison

Stade primaire ou précoce localisé

De trois jours à quatre semaines après une morsure, on peut voir l’apparition d’une rougeur sous forme de cible (typiquement non douloureuse, de 5 cm ou plus) connue sous le nom « d’érythème migrant » dans environ 70 à 80 % des cas. Il est important de distinguer l’érythème migrant de la simple rougeur causée par la réaction inflammatoire d’une morsure. D’autres symptômes peu spécifiques comme de la fatigue, de la fièvre, des maux de tête et des douleurs articulaires diffuses peuvent également être notés.

Stade secondaire ou précoce disséminé

Si le stade initial n’est pas traité, une résolution spontanée peut survenir, mais les symptômes sont fortement à risque de réapparaître quelques semaines, mois ou années après l’événement initial, le plus souvent sous forme de tableau d’arthrite. Des symptômes neurologiques, cardiaques ou visuels peuvent également être retrouvés à ce stade.

Stade tertiaire ou tardif

Chez les patients non traités ou traités insuffisamment, on peut voir réapparaître des symptômes d’arthrites sévères ou même des complications cardiaques, avec ou non complications neurologiques.

Quelles précautions peut-on prendre ?

Les insectifuges (doivent contenir du Deet ou de l’icaridine) et les vêtements longs représentent de bonnes stratégies de base. Il est également recommandé de demeurer sur les sentiers balisés afin d’éviter les hautes herbes où sont perchées les tiques. L’inspection systématique est toutefois la meilleure habitude à prendre. Si une tique est découverte, il ne suffit que de la retirer délicatement avec une pince à sourcils. Une tique prend environ de 3 à 5 jours pour prendre son repas, ce qui explique le faible risque de transmission lorsque l’insecte est détecté et détaché à l’intérieur d’une fenêtre de 24 heures.

Pour plus de détails sur la technique de retrait de tiques, consultez
les rubriques d’information sur les sites de Santé Québec et de Santé Montérégie.

Existe-t-il des tests sanguins pour confirmer la maladie ?

La maladie de Lyme est une maladie à déclaration obligatoire depuis 2003. Le diagnostic est d’abord clinique et s’effectue donc à l’aide d’une bonne histoire clinique et d’un examen physique. Dans les stades plus avancés, il peut être indiqué de détecter la présence d’anticorps spécifiques à la maladie de Lyme avec une prise de sang ou une ponction lombaire (test PCR sur liquide céphalorachidien).

Quel est le traitement ?

Si une tique adulte ou nymphe est restée accrochée à la peau d’une personne pendant plus de 24 heures après un séjour dans une région à risque élevé identifiée pas le Ministère de la santé et des services sociaux où plus de 20 % des tiques sont infectées, une antibioprophylaxie est offerte afin de minimiser les risques de transmission. Le traitement doit être débuté moins de 72 heures après le retrait de la tique.

En phase aiguë un traitement oral d’antibiotique de 14 à 21 jours est offert.

Pour les formes plus avancées de la maladie de Lyme où l’infection est active depuis plusieurs mois ou années, le traitement reposera également sur une antibiothérapie intraveineuse ou orale d’une durée variable en fonction du type d’affection.

Consulter la fiche de la maladie de Lyme sur le site
du Ministère de la santé et des services sociaux

Vous pouvez aider

Avec la collaboration du Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) et de l’Agence de la santé publique du Canada, l’Université Bishop a récemment mis en ligne un site Web bilingue destiné à l’identification d’images de tiques et au suivi des populations de tiques à travers le Québec. Vous pouvez donc contribuer à ce projet pilote de science citoyenne.


Simon Benoit est médecin de soins critiques en urgence, en plus de tenir une pratique de bureau axée sur la médecine sportive. Il est membre de  l’Association  québécoise  des  médecins du sport. Il est également diplômé en physiothérapie et en chiropratique et est ambassadeur de La Clinique du Coureur. Lisez tous ses textes !

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