Quand les coureurs deviennent dépendants des réseaux sociaux

La chronique du Doc Benoit

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Photo : U.S. Air Force / Sgt. Jonathan Steffen

La motivation est l’arme numéro un du coureur. Un plan d’entraînement parfait même chez l’athlète de grand talent n’aura pas d’impact si la motivation n’est pas au rendez-vous.

Bon nombre d’athlètes de tous les niveaux puisent allègrement leur source de motivation dans les réseaux sociaux. Pour plusieurs, le réseautage est devenu une façon d’être. Le web comporte pourtant un lot de pièges à éviter et la vie sans « la toile » peut facilement devenir très anxiogène pour plusieurs.

Facebook fut lancé en 2004, et 22,9% de la population terrestre en 2016 possédait un compte. En 2015, l’adepte moyen américain passait sur Facebook en moyenne 1,7h/jour. Twitter a vu le jour en 2006, Strava en 2009, Instagram en 2010, puis Snapchat en 2011. L’expression « être seuls ensemble » est née et la littérature concernant le phénomène de dépendance aux réseaux sociaux a commencé en 2011.

On défini comme « dépendance » un comportement compulsif qui produit des conséquences négatives. La dépendance aux réseaux sociaux peut devenir plus puissante que celle au tabac, à l’alcool et aux drogues. La raison est simple : la gratification immédiate procurée par les réseaux sociaux stimule les centres du plaisir du cerveau, qui en redemandera sans cesse. Et les coureurs n’y échappent pas.

Êtes-vous dépendant? Un test!

Voici sept questions pertinentes à vous poser afin de vous aider à vérifier si votre utilisation des réseaux sociaux est saine ou non.

  1. Êtes-vous déçus si un faible nombre de personnes vous ont félicité pour votre activité sur Strava? Combien de fois par jour vérifiez-vous?
  2. Vous arrive-t-il de pousser des semaines de volume trop élevé alors que ce n’était pas prévu simplement pour bien paraître au palmarès de distances ou de dénivelé d’un groupe Strava?
  3. Arrivez-vous fatigué à vos courses clefs de l’année en raison d’une mauvaise planification parce que Strava vous a incité à faire trop de volume au mauvais moment?
  4. Vous arrive-t-il d’aggraver une blessure en continuant de courir sous la pression de bien paraître dans un groupe Strava?
  5. Consultez-vous votre téléphone la nuit?
  6. Est-ce que votre entourage vous a mentionné que votre utilisation des réseaux sociaux est déraisonnable ou dérangeante?
  7. Quelle est votre motivation réelle à aller courir ce matin? Le plaisir de courir, le respect de votre plan d’entraînement ou le cumul de vos activités sur Strava?

Quoi faire?

Si vous avez répondu oui à une des questions précédentes, voici quelques pistes de solution.

  • Faites l’exercice d’écrire sur papier ce que vous considérez réellement positif et négatif à propos des réseaux sociaux;
  • Ne consultez que les sites et les pages qui vous intéressent réellement (comme Distances+!);
  • Désactivez les notifications par courriel, les textos, la vibration, etc;
  • Débarrassez-vous des applications Facebook et Strava de votre téléphone intelligent et ne les conservez que sur votre ordinateur;
  • N’apportez jamais votre téléphone intelligent ou votre portable dans votre chambre à coucher;
  • Ne sortez pas votre téléphone intelligent lorsque vous allez chez des amis ou durant toute activité sociale;
  • Réservez-vous des moments de la journée pour consulter vos textos, vos courriels, etc… Il n’y a habituellement aucune presse réelle à répondre dans l’immédiat à quoi que ce soit;
  • Allez rencontrer les gens qui vous inspirent et cessez de surfer sur ce que les gens affichent sur Facebook. Les gens n’affichent que les points forts de leur vie;
  • Écoutez vos sensations. Faites-vous un plan d’entraînement et suivez-le. Utilisez les services d’un entraîneur;
  • Rendez votre compte privé et ne vous servez que des éléments utiles de Strava.

Comment trouver la réelle motivation?

La vraie motivation vient de l’intérieur. L’inspiration, de son côté est puisée dans notre environnement, dans notre entourage. Nous sommes inspirés par nos amis, par nos mentors et par nos partenaires d’entraînement. L’inspiration peut provenir des réseaux sociaux, mais elle sera toujours plus forte et aura plus d’impact si elle provient de réels contacts humains.

La motivation se façonne à partir de notre vécu, de nos sources d’inspiration et de notre travail d’introspection personnelle qui fait de nous des êtres distincts et exceptionnels. Être motivé c’est se permettre de s’impressionner soi-même sans se comparer. C’est mieux apprendre à se connaître, à puiser au fond de soi-même pour mieux grandir et continuer d’avancer dans la vie.

La motivation réelle et durable ne vient certainement pas des « j’aime » et des « kudos » de Facebook et de Strava. Ce sont des outils amusant qui peuvent divertir et servir de médium de communication, mais qui peuvent revêtir un caractère pervers lorsqu’ils prennent le contrôle de nos vies. On l’a dit souvent : « qualité avant quantité ». C’est vrai pour notre alimentation, c’est vrai pour nos amitiés profondes, c’est vrai pour notre entraînement et c’est également vrai pour notre motivation!


Simon Benoit est médecin de soins critiques en urgence, en plus de tenir une pratique de bureau axée sur la médecine sportive. Il est membre de l’Association québécoise des médecins du sport. Il est également diplômé en physiothérapie et en chiropratique et est ambassadeur de La Clinique du Coureur. Lisez tous ses textes!