La méditation : l’arme secrète des coureurs

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Photo : MarcoVDZ

Vous vous entraînez en dépensant beaucoup d’énergie. Chaque semaine, vous poussez votre corps pour lui faire gagner force et endurance. Mais qu’en est-il de votre esprit? Vous pourriez devenir un meilleur coureur dès maintenant en pratiquant… la méditation.

« Je courais et je respirais, je n’avais plus besoin de penser. J’ai trouvé dans la course une forme de méditation qui m’a amené de la paix intérieure ». Ainsi parlait l’athlète Rachel Paquette lors d’une entrevue accordée à Distances+ un peu plus tôt cette année.

Les sportifs qui pratiquent la course en sentier reconnaissent qu’ils y trouvent un bien-être physique. Mais il est plus rare que ces personnes en parlent comme le fait Rachel Paquette, c’est-à-dire comme la source d’un bien-être mental et, osons le mot, spirituel.

Il y a au moins trois raisons principales qui expliquent cette retenue. Tout d’abord, la culture occidentale opère une nette distinction entre le corps et l’esprit, de sorte que nous séparons les deux dans notre vie quotidienne, oubliant qu’ils se trouvent étroitement liés.

Ensuite, nous associons la pratique de la méditation à l’immobilité du corps. L’image qui vient à l’esprit est celle du méditant, les yeux clos, assis en lotus.

Enfin, il faut reconnaître que des termes comme « méditation » ou « spirituel » peuvent éveiller la suspicion et faire craindre une sorte de religion déguisée. Pourtant, il existe une longue tradition de méditation, aussi bien orientale qu’occidentale, en dehors de toute tradition ou institution religieuse.

Méditer en courant

Sans être familiarisé avec la pratique de la méditation, le coureur en sentier peut faire l’expérience de ce que l’on appelle une « méditation accidentelle ». Il ressent alors un sentiment de plénitude et une joie intense associée à la certitude d’être en parfaite harmonie avec l’environnement.

Une telle expression indique qu’il s’agit d’une expérience qui n’est pas intentionnelle et qui peut se produire à n’importe quel moment. Si les coureurs sur route et en sentier peuvent en témoigner, elle est cependant favorisée par le contexte des sentiers. En effet, le coureur est immergé dans un environnement naturel, la solitude, le silence ou, encore, la nuit.

Une telle expérience n’a alors rien d’étonnant. Il existe en effet une tradition ancienne qui associe la marche dans la nature et la méditation : la « marche en pleine conscience ».

Alexandra David-Neel, une Française ayant parcouru le Tibet dans la première moitié du 20e siècle, rapporte l’existence d’une technique de marche rapide – la « lung gom pa » – qui est une forme particulière de méditation.

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Méditer pour mieux courir

La course en sentier peut constituer une forme de méditation à part entière, mais elle peut aussi trouver dans la méditation un complément très utile.

D’ailleurs, plusieurs ultramarathoniens en sentier sont également méditants, comme le Français Stéphane Brogniart ou l’Américain Scott Jurek. Ils reconnaissent que les ultras exigent non seulement l’entraînement du corps, mais également celui de l’esprit.

Il est possible de trouver des points de comparaison entre la pratique sportive et la méditation. Dans le livre Running with the Mind of Meditation, Sakyong Mipham souligne que la course à pied et la méditation ont en commun de reposer sur la qualité du souffle et sur l’attention que l’on porte à sa respiration. L’initiation à la pratique de la méditation débute d’ailleurs par des exercices structurés autour de la respiration.

Dans L’art de la méditation, le moine bouddhiste Matthieu Ricard rappelle que « les mots sanskrit et tibétain traduits en français par méditation sont respectivement bhavana, qui signifie “cultiver”, et gom, qui signifie “se familiariser” ».

À l’image de la course à pied, la méditation est exigeante : elle requiert assiduité, régularité et ténacité. Nombreux sont les coureurs en sentier à penser que leur pratique sportive les transforme et modifie leur façon d’appréhender la vie dans son ensemble. C’est précisément ce à quoi convie la méditation : transformer notre expérience du monde à partir d’une transformation intérieure.


Quelques références

  • Mathieu Ricard, L’art de la méditation, 2010, Pocket-Évolution
  • Sakyong Mipham, Running with the Mind of Meditation: Lessons for Training Body and Mind, 2013, Harmony
  • Michel Jourdan et Jacques Vigne, Marcher, méditer, 1994, Albin Michel
  • Bhante Hénépola Gunaratana, Méditer au quotidien : Une pratique simple du bouddhisme, 2013, Marabout