Caroline Côté nous raconte ses 2000 km de Natashquan à Montréal

Expédition ÉlectrON

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Photo : Gautier Da Silva

La cinéaste et ultramarathonienne Caroline Coté vient de terminer une expédition de 2000 kilomètres qui symbolise le parcours de l’électricité à travers le Québec. Pendant 80 jours, de Natashquan à Montréal, l’aventurière a parcouru en skis, en raquettes, à pied et en canot cette distance que le courant électrique prend normalement quelques millisecondes à parcourir. Elle fait un premier bilan avec Distances+.

Quelques jours après son retour, Caroline se sent encore sa forme physique hypothéquée par son aventure, parrainée par Hydro Québec. « J’ai l’impression d’être victime d’un accident d’auto, dit-elle. Ça ne m’est jamais arrivé, mais ça doit faire le même effet. »

Heureusement, elle s’estime mentalement bien disposée, même « zen », de son propre avis. Après une si longue aventure en solitaire, elle savoure maintenant la reprise du contact avec des humains.

« C’est un trajet qui m’a permis de mieux comprendre et d’apprécier le Québec. C’est tellement immense comme territoire! Ça m’a permis également de mieux me connaître et de bien saisir quelles sont mes forces, mes faiblesses et mes peurs », précise-t-elle.

Elle s’estime transformée. « Je me connais par cœur maintenant et je n’ai plus rien à cacher, affirme Caroline Côté. On va voir si cette attitude va demeurer. Déjà, la réalité de la vie urbaine me rattrape. C’est pour ça qu’il faut souvent retourner en nature pour ne pas perdre cette connexion avec les choses essentielles de la vie. »

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Photo : Gautier Da Silva

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Planifier l’imprévisible

Malgré une préparation minutieuse faite en collaboration avec Samuel Ostiguy, qui agissait comme chef d’expédition, Caroline considère que son itinéraire a été bien plus difficile qu’escompté. « Le plus dur a été de le faire seul. Tu ne peux pas partager les moments difficiles ni les périodes exaltantes », explique-t-elle.

Pour respecter la philosophie de l’expédition, son trajet devait se situer à moins de 5 km des lignes électriques. Elle a emprunté les chemins environnants ou simplement l’emprise des lignes qui est partiellement déboisée.

« Mon GPS contenait le chemin que je devais emprunter, mais je n’avais pas les chemins de contournement des rivières, dit-elle. Quelques fois, j’ai trouvé un chemin de contournement ou une digue de castors, mais les autres fois, je n’avais pas d’autre choix que de traverser les rivières en crue. »

C’est à ce moment que Samuel est venu la rejoindre sur le terrain. « On avait fait des pratiques dans l’eau, en wetsuit, pour trouver la bonne technique pour faire la traversée en semi-nage, avec tout mon matériel, sans trop prendre de risques. C’était essentiel, autrement l’expédition était terminée », affirme Caroline.

Avec une température de l’eau près du point de congélation, l’expérience s’est avérée exténuante. « Quand l’eau atteignait le niveau de ma poitrine, ça me prenait au cœur et mes poumons se vidaient complètement, se rappelle-t-elle. J’avais un seul kit de rechange, je devais donc me changer après chaque traversée, faire un feu pour sécher mes vêtements avant d’avancer de nouveau pour permettre à mon corps de se réchauffer avant la nuit. »

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Photo : Gautier Da Silva

Des défis quotidiens

Le passage des rivières n’a pas été le seul défi de Caroline. « J’ai traversé des forêts de sapins tellement denses que mon sac à dos ne passait même pas, ça me demandait tellement d’énergie que j’ai parfois pensé abandonner. »

Son sac à dos, chargé de provisions et de son matériel vidéo, faisait jusqu’à la moitié de son poids. « J’ai dû arrêter à quelques reprises parce que les raquettes ont parfois trop hypothéqué mes chevilles, elles étaient dans un état critique », se souvient-elle.

Elle a même manqué de nourriture, une situation qui peut rapidement devenir critique. « J’avais normalement de la nourriture pour sept jours, mais les rivières m’ont beaucoup ralentie. Je me suis retrouvée sans nourriture à deux jours du prochain ravitaillement, j’ai eu vraiment peur, avoue-t-elle. Parfois, j’avais tellement faim que j’ai mangé sec mes repas déshydratés. Ce n’était pas très bon, mais j’avais tellement besoin d’énergie, j’étais en mode survie. »

Finalement, la pression sur terminer son aventure dans les délais a toujours été présente. « Je me suis mis beaucoup de stress pour respecter mon planning. J’avais des rendez-vous vidéo de planifiés à l’avance, notamment avec des monteurs de ligne. Je devais conserver un bon rythme », dit-elle.

Heureusement, les ravitaillements mis en place par son équipe de soutien lui ont permis de s’ajuster facilement aux conditions changeantes. « C’est là que je changeais de vêtements et que j’avais la possibilité de changer de moyen de transport. Ça m’a donné beaucoup de souplesse. »

Une souplesse qu’elle a pleinement mise à profit. « J’ai débuté en skis avec un traîneau, mais quand le D+ est devenu trop élevé, j’ai changé pour des raquettes, précise Caroline. J’ai fait du canot pendant trois jours sur la rivière Saint-Maurice. Du kayak pour traverser le fleuve Saint-Laurent et la balance à pied. »

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Photo : Gautier Da Silva

Un printemps qui tarde

En avril et mai, le Nord-Est du Québec s’est retrouvé sous des masses d’air arctique et de nombreux records de froid ont été battus. Ce sont des conditions qui ont joué sur le moral de Caroline lors de la traversée du parc national des Monts-Valin au nord de la rivière Saguenay.

« Pendant qu’à Montréal, on ouvrait les terrasses, j’étais encore dans le froid avec de la neige jusqu’aux cuisses, se désole-t-elle. Je me demandais si ça allait finir un jour. Il y a à peine un mois, j’avais encore mon sac de couchage hivernal. »

Mais dès qu’elle a atteint la rivière Saguenay, les conditions ont changé et elle est passée presque directement de l’hiver à l’été. La dernière semaine de son aventure, en Mauricie et sur la Rive-Sud du fleuve Saint-Laurent, s’est d’ailleurs faite dans la chaleur.

Le 16 juin dernier, elle complétait son aventure à la course avec une dernière portion de 40 kilomètres. « Les deux derniers kilomètres, je calculais la distance restante, car j’étais vraiment au bout de mon énergie. J’avais l’impression de courir un marathon après qu’une voiture me soit passée sur le corps », explique Caroline Coté.

Une petite foule d’amis l’attendait dans le Vieux-Montréal, des moments captés par la télévision et les photographes.

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Photo : Gautier Da Silva

Avec tout le matériel vidéo qu’elle a accumulé, elle compte bien terminer sous peu le montage d’un documentaire sur son expédition.

En février 2019, Caroline partira pour sa nouvelle aventure. Il s’agira d’un retour en Antarctique, où elle est déjà allée, en vue de réaliser un autre documentaire.

Ce week-end, elle prend le départ du 100 km du Québec Méga Trail. « Je promets de rester sage par la suite », dit-elle.

Étant donné son parcours, il est permis d’en douter.