TransPyrenea : de la souffrance et des apprentissages spirituels pour Yvan L’Heureux

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Yvan L’Heureux sur le parcours de la TransPyrenea – Photo : courtoisie, TransPyrenea

Un exploit hors norme a été réalisé par un Québécois, le 4 août dernier. Après 391 h et 27 min à parcourir 900 km en course à pied sur plus 55 000 m de D+, Yvan L’Heureux a été l’unique Québécois et le premier Canadien à terminer la course d’endurance la plus longue et la plus difficile au monde : la TransPyrenea. Seulement 78 coureurs ont d’ailleurs réussi à terminer l’épreuve, sur les
250 athlètes de 42 pays ayant franchi la ligne de départ.

Yvan précise que sa participation à ce défi « n’avait pourtant rien à voir avec le fait de gagner ou de réussir ». Celui qui ne se qualifie pas de coureur, mais de « guerrier pacifique », souhaitait faire de cette aventure une quête spirituelle vers l’essentiel, une occasion de méditation pour « devenir une personne meilleure », explique-t-il.

Photo : Zoé Salt

Se déroulant en autonomie complète (couchage, orientation, survie, etc.) ainsi qu’en autonomie alimentaire partielle, et obligeant les participants à gérer eux-mêmes leur sommeil — où ils le peuvent et quand ils le peuvent, entre deux et quatre heures par jour — la TransPyrenea traverse la chaîne de montagnes des Pyrénées, de Le Perthus à Hendaye, à la frontière entre la France et l’Espagne. À peine quelques points de ravitaillement étaient offerts sur le parcours, à des intervalles de parfois 75 km. Légères, efficaces, multifonctionnelles et essentielles : voilà les qualités auxquelles devaient correspondre les maigres ressources testées durant des mois sur lesquelles pouvait compter Yvan dans son sac de 20 l et 10 kg, y compris les deux litres d’eau.

Les conditions de terrain et la météo n’ont pas simplifié l’aventure : canicule, pluie, grêle, boue, le tout parfois le même jour. La température est parfois passée de
37 degrés Celsius à l’ombre en vallée à cinq degrés sur les cols en quelques heures. À la première base de vie, à 165 km, plus du tiers des participants avaient abandonné dû aux blessures, à la déshydratation, aux ampoules, à des infections, etc.

Photo : Zoé Salt

Yvan a ainsi combattu un coup de chaleur, l’hypothermie, les hallucinations et diverses blessures corporelles dues à de multiples irritations. Celui qui pratique l’acupuncture à Rivière-du-Loup a d’ailleurs porté secours à plusieurs autres participants en détresse, qui ont ainsi pu terminer le raid. « Donner et recevoir de l’aide, le tout dans un grand climat de fraternité entre les participants et bénévoles, bien au-delà de l’aspect compétitif du défi, c’est ça la TransPyrenea », explique l’athlète.

« J’ai moi-même envisagé de quitter l’épreuve durant les huit premiers jours. Le corps est fracassé par l’effort, l’épuisement et les blessures », confie-t-il. Les personnes rencontrées sur le parcours lui auront cependant donné la force et le courage de continuer. « J’ai partagé des sentiers avec des personnes exceptionnelles, des athlètes d’expérience avec des valeurs humaines profondes et inspirantes. Ils ont fait toute la différence tout au long de cette expérience où j’ai beaucoup appris », poursuit-il.

Photo : Zoé Salt

Yvan insiste d’ailleurs pour dire que la participation et la réussite de l’aventure ne sont pas le fruit d’un seul homme. « Avant de partir, j’ai pu compter sur la collaboration d’amis médecins, thérapeutes et proches, ainsi que de membres de la famille, que ce soit pour la préparation de mon plan d’entraînement, la recherche et l’essai de matériel, les retours d’expérience, les conseils, le soutien moral… Je n’aurais pas pu réaliser la TransPyrenea sans eux. »

Ce qu’il retire de plus important de ce remarquable défi? « Apprendre que nourrir, actualiser et [faire] grandir ses valeurs humaines chaque jour est un devoir, et que nous nous devons d’éprouver de la gratitude et de l’amour envers toute chose et tout être. » Ayant vécu dans le plus grand dénuement, il ajoute : « nous avons besoin de si peu pour être heureux… la famille, les amis, les rencontres et les voyages sont au cœur de l’essentiel, avec notre travail qui doit nous passionner. »

Malgré la fatigue extrême et la longue récupération physique requise depuis son retour, Yvan a repris sans trop attendre les devants de ses nombreuses passions et de ses engagements sociaux, familiaux et professionnels, notamment avec l’organisation bénévole de la quatrième édition du Défi Everest, qui a eu lieu au début de septembre à Rivière-du-Loup.

Photo : Zoé Salt