Deux Québécois complètent la « petite » Barkley et rêvent à la grande

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Mario Villemure avant son départ pour la Barkley Fall Classic – Photo : courtoisie

À défaut de pouvoir participer à la mythique course de la Barkley, réservée à un peloton très limité de 40 coureurs, les Québécois Mario Villemure et Pierre Faucher ont décroché une place à sa version allégée et plus accessible : la Barkley Fall Classic, la fin de semaine du 17 septembre. Ils sont parmi les 120 coureurs sur les 362 ayant pris le départ qui ont réussi l’épreuve dans sa totalité.

« C’est la course plus difficile que j’ai faite », confie Mario Villemure, qui n’en est pourtant pas à sa première course extrême d’endurance. Le coureur de Shawinigan, qui est aussi derrière l’organisation de courses en sentier dans cette région, a notamment participé, en février 2016, au Yukon Artic Ultra, une « marche » de 300 miles (480 km) en tirant un traîneau sous une température pouvant atteindre moins 40 à moins 50 degrés Celsius.

Un aperçu de la « vraie » Barkley

La Barkley Fall Classic a été conçue il y a quatre ans pour donner un avant-goût de la véritable Barkley. Il se déroule sur le même terrain de jeu, dans les sentiers du Frozen Head State Park au Tennessee.

Le tracé du parcours est révélé seulement la veille du départ, l’utilisation du GPS est interdite, il y a de nombreuses et très abruptes montées et descentes, de longues sections hors pistes, et une organisation tout aussi minimaliste…

Il y a surtout « le défi très personnel de devoir affronter les démons qui nous attendent à l’extrême limite de l’endurance… », peut-on lire dans le descriptif de la course sur internet.

Rappelons que la « grande » Barkley est considérée comme l’une des courses les plus difficiles au monde. Seuls 15 coureurs ont réussi à la compléter depuis sa création en 1986.

Et pourtant, elle est aussi victime de son succès. Gary Cantrell, alias « Lazarus Lake », l’organisateur de la course, reçoit chaque année des centaines de lettres de motivation de coureurs de partout dans le monde souhaitant relever le défi. Il n’en retient que 40.

« Nous avons tellement de gens qui veulent participer à la Barkley qu’on a trouvé cette façon d’accommoder ceux qui n’ont jamais la chance d’en faire partie », explique Laz, en entrevue exclusive avec Distances+. Les gagnants, homme et femme, obtiennent une place garantie à la Barkley au printemps. « Pour les autres, ils pourraient bien découvrir qu’ils n’ont finalement pas vraiment envie d’y postuler», dit l’organisateur de la course, avec une pointe de sarcasme.

Une petite sœur tout aussi extrême

Le processus de candidature est un peu différent pour la Barkley Fall Classic. Les coureurs s’inscrivent sur une liste d’attente, en espérant être choisis selon des critères qui ne sont pas tout à fait clairs ou objectifs.

« Je crois que Laz essaie d’aller chercher des coureurs qui viennent d’un peu partout. Il y avait des gens du Japon, de la France, de la République tchèque », explique Mario.

La Barkley Fall Classic est un peu moins longue que sa grande sœur. Plutôt que de devoir réaliser 5 boucles de 32 km non balisés (20 000 m D+), les coureurs doivent compléter une seule boucle de 50 km, qui peut être divisée de façon logique en trois boucles à peu près distinctes.

Même si les GPS sont interdits, plusieurs participants ont « estimé » la longueur du parcours à 58 km, avec près de 4000m de D+.

Il y a aussi quelques indications d’orientation à certaines grandes intersections, alors que la signalisation est totalement absente sur la « vraie » Barkley.   

Autre particularité : les coureurs qui arrivent à l’intérieur du temps limite de 9 h 30 au 22,1 mile (36e km) sont confrontés à un choix difficile. Ils peuvent mettre un terme à leurs souffrances et courir paisiblement un dernier kilomètre jusqu’à l’arrivée, et ainsi accomplir officiellement l’épreuve « marathon », ou ils peuvent choisir de continuer leur périple pour un autre 14,5 km de montées et descentes abruptes et interminables dans l’espoir de compléter le 50 km. Dans ce cas, et s’ils échouent, ils ne peuvent plus être honorés pour le marathon.

« À la Barkley Fall Classic, c’est tout ou rien », résume Laz. « Le choix peut sembler facile pour celui qui est assis à la maison, mais pour celui assis dans la saleté, puant, en sueur, épuisé et en douleur, ce n’est pas une décision facile du tout! », poursuit-il, précisant que 178 coureurs, donc davantage que le nombre de finissants sur le 50 km, ont choisi ou ont été relégués à cette option.

Mario Villemure (droite) avec Lazarus Lake - Photo: Courtoisie
Mario Villemure (droite) avec Lazarus Lake – Photo : Courtoisie

Deux Québécois qui se démarquent

Ce que Mario a trouvé le plus difficile? Les longues montées interminables dans les montagnes escarpées, sans arrêt, parfois pendant plus d’une heure. « C’était complètement fou! Les plantes épineuses t’arrachent la peau des jambes. Tu n’es jamais sûr que tu es sur le bon parcours. Ça n’arrête jamais de monter ou de descendre. C’était plus brutal que l’Arctique », n’hésite pas à dire Mario, encore sous l’émotion de la course.   

Mario Villemure aura finalement franchi l’arrivée en 11 h 36, en 43e position, soit une dizaine de minutes après son ami Pierre Faucher, arrivé avec une honorable 38e position. Mario s’est cependant perdu une bonne heure et demie après avoir pris un mauvais virage avec plusieurs coureurs du peloton de tête.

Le Shawiniganais n’en demeure pas moins très satisfait de son aventure. « Juste être là, c’est super cool. Le fait de rencontrer Laz, qui est tellement sympathique. Il dégage quelque chose de super bon, relax. Tout le parc dégage cette aura. C’est incroyable », conclut Mario, qui aspire maintenant à participer à la Barkley.

Dans tous les cas, Mario Villemure et Pierre Faucher ne sont pas passés inaperçus au regard du légendaire Laz. « Les deux francophones sont certainement de bons candidats pour la Barkley. Je les félicite. Ils ont fait un boulot exceptionnel à la Barkley Fall Classic », s’est-il permis de souligner en entrevue à Distances+. « Tchin-Tchin » a-t-il d’ailleurs déclaré, avec l’humour qui le caractérise, en guise d’unique mot français de son répertoire francophile.

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