Jessy Forgues : une saison pour boucler la boucle

JESSY FORGUES SAISON 2018
Jessy Forgues aime ses longs moments où elle part courir. Un moment « pour elle » – Photo : courtoisie

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Jessy Forgues avait de belles ambitions la saison dernière, comme de venir à bout de l’Ultra-Trail de l’île de Madère (MIUT) au Portugal, mais une blessure à la cheville lors du camp de recrutement de l’équipe Salomon dans l’ouest des États-Unis est venue contrecarrer ses plans. Elle aborde 2018 avec l’envie de retourner partout où la frustration l’avait emporté l’an passé. Et elle a commencé en remportant dès janvier son premier marathon, pour le plaisir, à Hawaï.

« Pour savoir où on s’en va, il faut savoir d’où l’on vient. La vie m’a fait arrêter et ça m’a permis de faire le point, confie-t-elle à Distances+. Les kilomètres que je n’ai pas courus, je les ai faits dans ma tête, et j’ai fait quand même beaucoup de cheminement par rapport à moi-même. C’est important, parce que ce que tu ne règles pas finit par te rattraper », ajoute-t-elle, philosophe.

Selon la policière de Sherbrooke, l’année 2017 était annonciatrice d’une saison parfaite. « J’avais tout planifié, tout était prévu », se souvient-elle. Mais, à sa grande surprise, elle a été invitée à participer à l’Académie Salomon, en mars, tout comme Annie Jean et Mathieu Blanchard. Elle a bien évidemment embarqué dans l’aventure, mais s’est blessée dès le premier jour. Bilan : une entorse sévère à la cheville. « C’était la première fois que je me blessais en courant », souligne-t-elle. Elle a pu rester sur place avec le reste de la gang, mais, d’une certaine façon, elle a vécu de loin ce formidable camp d’entraînement pour traileurs d’élite. « Sur le coup, c’était difficile, reconnaît-elle. J’ai scrapé ma semaine, puis toutes mes courses parce que je n’étais pas prête à recommencer à courir. »

Obstinée, Jessy s’est malgré tout rendue au Portugal en avril avec les Québécois Sébastien Côté et Vincent Houle pour prendre le départ du MIUT, une épreuve de l’Ultra-Trail World Tour. « J’étais consciente que j’allais sûrement devoir arrêter. Je m’étais dit que, peut-être, je ne terminerais pas, et je n’ai pas terminé. Après seulement 20 km, ça ne fonctionnait pas, raconte-t-elle. Pour moi, ça a été une forme d’échec, car c’était mon premier DNF. »

Avec le recul, Jessy Forgues semble fière d’être parvenue à « passer ses barrières mentales ». D’ailleurs, même si sa saison dernière n’a pas ressemblé à ce qu’elle espérait, elle a quand même participé à son premier 100 miles en Gaspésie (Ultra-Trail du Mont-Albert – 167 km, 7350 m D+) et elle a fini première féminine. « En fait, je crois que je suis la seule femme à avoir terminé, a-t-elle indiqué. C’était limite dangereux, même si les organisateurs ont fait leur possible. »

La saison de la « vengeance »

Impatiente, Jessy n’a donc pas traîné pour lancer sa saison 2018. « J’avais besoin de l’entamer rapidement pour enlever la frustration et explorer quelque chose de nouveau explique-t-elle. J’ai regardé une semaine où je n’avais pas mes enfants et je suis tombée sur le marathon de Maui à Hawaï. Je trouvais intéressant de combiner un voyage et une course organisée. J’ai pu faire le tour de l’île et explorer la montagne. »

Et gagner, accessoirement. « Oui, j’ai gagné, et pourtant je suis partie équipée avec ma veste d’hydratation et mes trucs à manger comme sur un trail. Sur un marathon, ce n’est pas commun de porter une veste d’hydratation, dit-elle en se moquant d’elle-même. Il faisant 30-35 degrés, je ne savais pas comment mon corps allait gérer ça. »

Elle estimait être capable de courir en 3 h 15 en maintenant un rythme de 4 min 30 s au kilomètre. « À la fin, j’aurais pu continuer, je n’étais pas épuisée, se félicite-t-elle. C’était une très belle course. Ça m’a donné confiance. On a tous besoin d’une course pour conjurer le sort après un abandon. »

Photo : courtoisie
Photo : courtoisie

Plan de match

En mars, Jessy Forgues retournera dans l’Utah pour prendre le départ de la Moab Behind the Rock (50 km), à laquelle elle n’avait pas pu participer l’année dernière au terme du camp Salomon. « Je m’étais dit à ce moment-là : c’est certain que je vais revenir! » Une participation ceci dit symbolique. « Mon objectif est seulement de le compléter. De boucler la boucle », assure-t-elle.

« En avril, je serai de retour au MIUT, s’enthousiasme-t-elle. J’aime aller au bout des choses. Je peux être entêtée, mais je VEUX la terminer », insiste-t-elle, comme pour marquer l’importance d’une petite « vengeance » personnelle. L’Ultra-Trail de l’île de Madère (112 km, 7050 m D+) est une course difficile, peu roulante, au dénivelé cassant. « Je vais faire mon possible, mais je n’ai pas d’objectif précis », dit-elle.

Le premier week-end du mois de mai, l’ultra-traileuse participera comme ambassadrice à l’événement « Courir pour les zèbres », une course virtuelle de 7 km, « une petite course, mais d’une grande valeur pour moi puisqu’elle [sensibilise aux] 7 000 maladies rares infantiles. »

En juin, Jessy devrait se rendre à Lac-Beauport pour le Trail de la Clinique du coureur. Le nouveau parcours de 50 km a clairement sa préférence a priori, mais elle ne décidera rien avant son retour du Portugal. « Si ma condition est rendue là, je ferai définitivement le 50 km », a-t-elle toutefois annoncé à Distances+.

La deuxième partie de sa saison est plus nébuleuse. Elle sait simplement qu’elle « veut faire des courses au Québec », peut-être l’Ultra-Trail Harricana du Canada (UTHC).

« Harricana m’a toujours attiré parce que c’est là que j’ai fait mon premier ultra (Jessy Forgues a remporté le 65 km et le 125 km de l’UTHC en 2015 et 2016). J’ai envie de faire le parcours de 125 km, indique-t-elle. Je ne sais pas ce qui me bloque à dire oui ou non. Je vais attendre Madère, mais bon, je pense que je devrais avoir assez de temps (après MIUT) pour récupérer.

Distances+ restera attentif à la douce « revanche » de la championne de l’Estrie, et à ses exploits à venir.