Hélène Dumais démarre sa troisième tentative sur l’Infinitus

Une course de 888 km sur dix jours au Vermont

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Hélène Dumais – Photo : Christian Dionne

L’aventurière et ultramarathonienne Hélène Dumais, qui se spécialise dans les défis d’exception, espère finalement vaincre l’Infinitus, une course de 888 km qui s’étale sur 10 jours, et qui débute aujourd’hui au Vermont. 

Après deux tentatives infructueuses, elle aspire à être la première femme à compléter cette course épique. L’an dernier, elle a tout de même bouclé 738 kilomètres.

Pour Hélène Dumais, l’épreuve qui l’attend est un défi physique, mental et logistique. Alors qu’à sa première tentative, elle s’est présentée sur la ligne de départ sans plan et sans équipe de soutien, elle se considère cette fois-ci hyper préparée.

« J’ai une planification détaillée, d’heure en heure, dans un fichier Excel ou tout est consigné : ma position, sommeil, rythme de course, quantité de protéine à consommer, etc, affirme-t-elle à Distances+ quelques jours avant le départ. C’est hyper important sur une course de cette durée, car une erreur commise maintenant peut avoir des répercussions cinq jours plus tard. »

Caroline Laforest, une athlète de course à obstacle qu’Hélène, entraîneure de métier, entraîne, va l’accompagner tout au long de cette épreuve. « Elle va m’aiguiller constamment, me dire où j’en suis par rapport à ma planification, explique Hélène. Nous avons étudié mes deux précédentes tentatives pour avoir une planification la plus précise possible. Je sais, par exemple, que mon rythme est plus lent la nuit. »

Malgré toute cette préparation, elle estime à 50 % ses chances de réussite. « Je suis accro aux défis et cette course vient particulièrement me titiller, car plus c’est difficile, plus ça m’attire. Dans ce genre d’épreuve, on apprend constamment sur soi et ces apprentissages viennent enrichir notre vie. Aujourd’hui, après tout ce que j’ai vécu, je me considère dans un espace différent », dit l’athlète de 37 ans.


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Gestion du sommeil

Un des facteurs clés dans une course de cette durée est la gestion le sommeil. Hélène a d’ailleurs consulté une spécialiste du sommeil pour mettre toutes les chances de son côté. « Elle était très intéressée par mon expérience, constate-t-elle, car elle est plutôt habituée à observer le sommeil des gens alités à l’hôpital. »

Son intention cette année est de dormir davantage, car elle avait souffert d’un manque chronique de sommeil dans les autres éditions, avec quelques périodes d’hallucinations. 

« J’ai appris qu’il est préférable faire un gros dodo plutôt que deux petits et qu’il est important de respecter mon cycle circadien, précise Hélène. Je suis une couche-tard, donc plus efficace le soir. Je vais adapter mes heures de sommeil en conséquence. »

Pas plus de 20 coureurs osent s’aventurer dans la version extrême de l’Infinitus, puisque la plupart des participants préfèrent les autres distances qui s’échelonnent entre 8 et 250 miles. « C’est tellement gros comme défi, juste de vouloir le faire, c’est un peu fou, reconnaît-elle. Ça prend un minimum de préparation et d’expérience. »

Préparer le corps 

Hélène constate qu’il y a des limites à la préparation physique. « Rendu à ces distances-là, on ne peut plus vraiment se préparer et courir de façon exponentielle. Il faut courir un volume adéquat pour que le corps soit en mesure de subir le stress mécanique et physiologique demandé afin de prévenir les blessures », explique-t-elle.

Le rythme est d’ailleurs beaucoup plus lent qu’une course normale, ce qui permet de minimiser le stress physique. « On ne prend pas de risque, dit-elle. Par exemple, je descends les côtes tranquillement. Cette modération est payante puisqu’en 2017, deux jours après l’Infinitus, j’avais déjà repris la course. »

Comme Hélène sera en mouvement 16 heures par jour, à courir et marcher, elle aura besoin de 7200 calories par jour, plus de trois fois l’apport quotidien normal. « Je dois manger toutes les 45 minutes, précise-t-elle. Ce n’est pas toujours évident, car des fois je n’ai pas d’appétit et je me rabats sur des options plus liquides comme les soupes. »

Après avoir vaincu tant d’épreuves, elle est toujours fascinée par la capacité du corps humain. « C’est une machine magnifique et complexe qui s’adapte à presque tout, affirme-t-elle. Je dose mes efforts comme si la course n’avait pas de fin et je réalise que ma cheville renversée à la seconde journée commence déjà à bien se rétablir à la septième journée. »

Muscler l’esprit

Si l’aspect physique ne peut être négligé, Hélène reconnaît que c’est l’aspect mental qui demande le plus de préparation. « Il faut savoir gérer l’inconfort, donc je m’oblige à courir, peu importe les conditions climatiques. Avec l’expérience, j’ai appris à vivre dans cette zone d’inconfort et à reconnaître et apprivoiser les symptômes qui l’accompagnent, dont l’irritation », dit-elle

La clé de la préparation mentale réside dans l’expérience acquise, selon Hélène. « Tu ne peux pas imaginer dans quel état d’esprit tu seras après 72 heures d’effort soutenu sans le vivre, affirme-t-elle. C’est long dix jours, car même après six jours de course, il t’en reste toujours quatre et tu dois apprendre à gérer le goût de l’abandon. »

Demeurer l’esprit occupé est impératif pour ne pas sombrer dans le découragement. « J’écoute beaucoup de musique, je dirais que c’est même ma seconde passion. Je suis en train de bâtir ma liste d’écoute pour Infinitus. J’écoute aussi des podcasts. Il faut garder le focus, la switch à ON pour maintenir la cadence pendant dix jours et dix nuits. », explique Hélène.

Se rappeler des raisons à l’origine de sa participation est également d’un grand secours. « J’aime les défis et j’aime être dans la forêt et les montagnes, dit-elle. Quand j’ai des moments plus difficiles, quand je me demande : “Pourquoi je fais ça encore?”, je me rappelle simplement que ce que je fais dans le moment présent, c’est ce que j’aime faire le plus au monde. »

Support de la communauté

Elle pourra compter sur des volontaires qui se sont engagés à l’accompagner toute la nuit à partir de la cinquième journée. « Les quatre premières nuits, je n’ai personne, avis aux intéressés. La nuit est la période qui m’effraie la plus, car je dois me battre constamment pour demeurer réveillée », reconnait-telle.

Pendant toute la durée de l’épreuve, les gens pourront lui transmettre des messages, via sa page Facebook. Comme elle sera dans l’action, c’est son entraîneure qui se chargera de lui les lire. 

« C’est le plus beau cadeau que de recevoir un message, surtout dans les moments difficiles, ça va faire toute la différence », assure Hélène Dumais, avant de replonger dans sa préparation.


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