Éric Deshaies revient sur sa performance exceptionnelle au Moab 240

Photo2
Éric Deshaies pendant le Moab 240 en octobre dernier – Photo : Courtoisie

C’est une sixième place qui attendait Éric Deshaies, en octobre dernier, au Moab 240, une course de 386 km avec 9000 m de D+ dans les montagnes de l’Utah. Une excellente performance pour l’ex-champion du monde du double Ironman (2008) qui entend encore allonger ses distances en 2019 et se consacrer, plus que jamais, à la course d’endurance.

En plus de vouloir compléter cette distance, Éric Deshaies visait également le top 10. « Je suis fier de ma course. C’est la première fois que je courais si longtemps et j’ai atteint le temps que je visais. C’est impossible d’avoir juste des hauts dans une course comme ça mais j’ai été capable de bien gérer les bas. Le seul point négatif, ç’a été un petit rhume qui me donnait un peu de misère ainsi que l’altitude. »

Pendant un temps, il était dans le peloton de tête. « J’ai couru un long moment avec le second et le troisième et j’étais vraiment confortable avant de ressentir l’altitude et avoir des difficultés à respirer », se rappelle-t-il. « J’ai glissé en cinquième position puis j’ai un peu trop relâché, car celui derrière moi est venu me chercher alors qu’il ne restait seulement que quelques miles à parcourir. Je n’ai pas été capable de le rattraper. Il a vraiment tout donné. »

Un hiver précoce

Alors qu’il croyait avoir à lutter contre la chaleur, dans ce milieu désertique parsemé de hautes montagnes, c’est plutôt le froid nocturne qu’il a dû combattre, la région étant aux prises avec des températures inhabituelles pour la saison.

« Il y avait beaucoup de neige. Ils ont même dû changer un peu le parcours. C’était tellement froid que j’ai eu de la misère à m’alimenter et m’hydrater. Seulement sortir les mains pour boire devenait pénible », explique Éric.

Technicien dans un laboratoire de sommeil, il a, sans grande surprise, plutôt bien géré cette composante. « Je savais que je n’aurais pas de problème de sommeil, car je travaille de nuit », dit-il. « J’ai dormi trois fois une heure et une autre fois 45 minutes sur les 75 heures de la course. La dernière fois que j’ai dormi, il me restait à peu près 16 miles. C’était plus pour me réchauffer que pour dormir. »

Éric Deshaies en pleine action au Moab 240 en octobre dernier - Photo: Courtoisie
Éric Deshaies en pleine action au Moab 240 en octobre dernier – Photo: Courtoisie

Le plaisir de longues distances

Cette première expérience de longue distance a été un coup de cœur pour Éric Deshaies. « Un 200 miles se gère vraiment bien comparativement à un 100 miles », affirme-t-il. « Tu peux vraiment manger du solide aux stations et repartir plus lentement. C’est un mélange de course et d’aventure. C’est tellement long qu’il faut prendre son temps, prévoir une équipe, calculer les choses. Ça ne s’improvise pas. »

Éric Deshaies était accompagné d’un groupe d’amis coureurs de l’Outaouais : Benoit Létourneau, Richard Turgeon et Richard McDonald, qui sont tous parvenus à compléter la distance. Il avait aussi un ami, Daniel Ménard, qui le suivait avec un motorisé.

« En janvier, je suis tombé sur la vidéo promotionnelle de la course et je me suis dit wow ! J’ai lancé l’idée à mes amis et ils ont embarqué. J’ai eu la chance de courir avec Benoit Létourneau en début de course même si on n’a pas les mêmes forces. Comme je viens du monde de la route, je prenais beaucoup d’avance dans les portions planches alors que j’avais plus de difficulté dans les montées abruptes », dit-il.

À la découverte des sports d’endurance

C’est lors d’un voyage au Népal en 2000, en voyant des alpinistes, qu’Éric a découvert les sports d’endurance. « Quand je suis revenu à Montréal, je me suis inscrit à un Ironman alors que je ne savais même pas nager. C’est en 2007, lors du Marathon des Sables, où je suis arrivé 14e, où j’ai eu la piqûre pour les courses de longues distances », explique l’athlète de 45 ans.

Il avoue que la pratique des Ironman est plus difficile à concilier avec de jeunes enfants. « J’ai fait un Ironman en novembre, mais je ne m’étais pas entraîné pour », avoue-t-il. « Oui, les ultras sont difficiles, mais c’est un seul sport à gérer. J’ai la chance de travailler la nuit. Je cours quand les enfants sont à l’école. Le plus dur à gérer c’est que ma femme fait aussi des ultras et elle a aussi besoin de temps pour s’entraîner. Elle a fait l’Ultra-Trail du Mont-Blanc cette année. »

Entraîneur, Éric observe également un certain essoufflement des triathlons au profit de la course en sentier. « Quand Tremblant a démarré son Ironman, c’était vraiment la mode », affirme-t-il. « Maintenant, tout le monde me parle de l’Ultra-Trail Harricana ou de Québec Mega Trail. Ç’a vraiment changé. »

En 2019, il espère bien être pigé à la loterie pour le Tor des Géants, son nom sera au ballottage pour la seconde année. « Mes chances sont beaucoup plus élevées cette année. J’aimerai aussi faire les deux autres courses sœurs du Moab soit Lake Tahoe 200 et Big Foot 200. Je ne peux pas courir très vite, mais je peux courir longtemps. J’aime plus découvrir mes limites que trouver ma meilleure performance. »