Les apprentissages d’Éric Deshaies le mènent sur les courses les plus longues

eric deshaies
Photo : courtoisie

Éric Deshaies a tout d’un grand coureur. Des résultats impressionnants, une détermination sans failles et une grande humilité. Il l’a une fois de plus démontré en obtenant, le 27 octobre dernier, une formidable 17e place lors du Javelina Jundred, un parcours de 100 miles à travers la chaîne de montagnes McDowell en Arizona, une épreuve de l’Ultra-Trail World Tour.

Après s’être longtemps démarqué sur le circuit des Ironman, en devenant champion du monde de double Ironman en 2008, l’athlète de 44 ans a délaissé la natation et le cyclisme pour continuer l’aventure, les pieds sur terre seulement.

« En 2009, avec la naissance de mon premier enfant, j’ai réalisé que cumuler trois sports devenait plus compliqué », explique-t-il. « En plus, je venais de réaliser mes objectifs, soit de devenir champion du monde et faire l’Ironman d’Hawaï ». La pression se faisait plus forte aussi. « J’avais l’impression que les gens allaient davantage regarder mes temps, mon rang et attendre de moi toujours plus ».

Il se tourne alors vers la course en sentier. « Cela me semblait idéal. Il y a bien une compétition, mais sans l’idée de performance à tout prix. Tout le monde se parle et chaque coureur se retrouve dans le même bateau. Ça me fait penser à l’ambiance qu’il y avait lors des triathlons en 2000, avant que cela ne devienne un sport axé sur le suréquipement et la performance ».

Des succès et des abandons

S’il se qualifie volontiers d’athlète « pas très performant » en sentier, on retiendra tout de même des performances qui sortent de l’ordinaire. Comme sa 291e place sur l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) cette année, ou encore son arrivée en 133e position au Trail Verbier St-Bernard, au début juillet.

Mais c’est sa prouesse sur les cinq boucles de la Javelina qui force surtout le respect. « Lorsqu’on commence un ultra, on n’est jamais certain de l’issue de la course, au contraire d’un Ironman où presque 100 % des participants franchissent la ligne d’arrivée », confie-t-il. « En 2016, j’avais abandonné l’UTMB et je m’étais senti proche de l’abandon à la Javelina ».

L’année 2017 sonne alors comme l’opportunité de la rédemption. Le seul objectif d’Éric était de finir ces deux courses sur lesquelles il avait décidé de s’aligner à nouveau. « Je me suis retenu d’aller trop vite alors que j’avais encore de l’énergie, mais c’était la chose à faire », s’excuse-t-il presque. Les résultats parlent d’eux-mêmes.

Après analyse de ses abandons successifs en 2016, Éric souligne l’importance du mental dans une course d’ultra. « D’avoir fini l’UTMB ainsi que la course Verbier St-Bernard, après plus de 30 heures sur les sentiers, ça m’a permis de me sentir prêt dans ma tête à affronter la chaleur de l’Arizona. En 2016, je suis persuadé que je dois mon abandon à la Javelina à mon abandon quelques semaines plus tôt à l’UTMB. Je m’étais inconsciemment convaincu que je n’y arriverais pas ».

Une année de promesses

L’année 2018 promet d’être tout aussi palpitante que 2017 pour Éric. Le marathon de Boston sera la première étape de son année. Il y sera avec son épouse, Lyzane Trépanier, qui a réussi à se qualifier.

L’athlète a également décidé de se lancer en juillet dans la course que certains considèrent comme la plus extrême du monde : le STYR Labs Badwater 135. Un parcours de 217 km qui prend son départ dans la vallée de la Mort, à 85 m sous le niveau de la mer, et se termine à Whitney Portal, à 2530 m, avec un dénivelé cumulé de 4450 mètres. « Il faut y courir sur les lignes blanches des routes sinon les semelles fondes », s’amuse Éric.

Comme il cherche toujours à dépasser ses limites et à ressentir la satisfaction d’accomplir chaque fois quelque chose de plus difficile, Éric prévoit également prendre le départ de la Moab 240 Endurance Run, en octobre 2018. Cette course de 384 km, qui se déroule en Utah, promet des paysages époustouflants à travers le désert, les canyons et les parcs nationaux Canyonlands et Arches.

« Nous serons plusieurs Québécois », précise l’entraîneur de triathlon à ses heures perdues. « J’aime l’esprit de groupe. Même si on ne se voit pas pendant la course, on est ensemble et on partage une expérience unique ».

La capacité de gérer la fatigue

Il reconnaît néanmoins posséder un avantage sur les autres : sa capacité à supporter le manque de sommeil. « Je travaille trois nuits par semaine dans un laboratoire d’analyse du sommeil justement. Cela me donne un avantage certain puisque je suis habitué à gérer différemment mon rythme et que je peux sans difficulté m’abstenir de dormir pendant 40 heures ».

S’il est capable de supporter un tel style de vie, c’est avant grâce à sa physiologie. Il ajoute néanmoins en riant que ses enfants ne lui ont pas laissé le choix. « Il arrive qu’ils soient malades et que je doive les garder à la maison. J’enchaîne alors deux nuits sans sommeil et une journée à m’occuper d’eux ».

Il y a cependant un revers à la médaille, celui de ne pouvoir dormir que dans le noir complet et le silence. Des conditions qui ne seront pas réunies lors de la Moab. Il en est conscient, mais demeure confiant de pouvoir gérer ce « détail technique ».