« J’ai appris à la dure; je suis une tête de cochon », dit Patrice Godin

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Patrice Godin en conférence – photo : Carmen Figueroa Sotelo

C’est le 20 octobre dernier que se tenait à Châteauguay une conférence de l’acteur et ultramarathonien Patrice Godin, organisée par le club de course Les Riverains. Les spectateurs venus l’écouter parler de ses nombreuses courses ont pu aussi l’entendre s’exprimer sur sa vie, puisque pour lui, la course à pied est intimement liée à tout ce qui le définit en tant que personne.

Ses débuts, pour un grand sportif, sont étonnants. Sobrement, il raconte son enfance solitaire et un peu sauvage.

Il faut savoir que Patrice a été adopté. Il aborde le sujet avec délicatesse. Bien qu’il ait eu de bons parents, il dit avoir toujours senti une blessure d’abandon et le sentiment de ne pas être aimé. « Ce n’est pas pour rien que je suis devenu acteur », dit-il avec un sourire éclatant.

Il raconte avec honnêteté comment il a longtemps été accro à la cigarette. Il se considère d’ailleurs chanceux de ne pas l’être devenu à la drogue. Il doit toujours faire attention à l’alcool. Il s’est « vraiment magané », confesse-t-il.

Devenir le coureur qu’il ne pensait pas être

Patrice n’envisageait pas que la course en vienne à prendre tant de place dans sa vie. Il se revoit en train de fumer sur son balcon. Des coureurs passaient dans la rue. Il les trouvait fous.

C’est plus tard qu’il a reçu un véritable choc, lorsqu’il a surpris ses filles, âgées de deux et de quatre ans, en train de jouer à « fumer comme papa ». Il a alors pris conscience de son rôle de modèle auprès de ses enfants.

Puis, pour un tournage, il a dû s’entraîner quatre heures par jour pendant trois mois. Ça lui a tellement plu qu’il a continué. Enfin, en feuilletant une revue de course, il a vu une publicité pour une course de 160 km. Il a décidé d’y participer. « J’ai appris à la dure; je suis une tête de cochon », affirme-t-il.

De course en course, il a vécu des histoires extraordinaires, avec d’autres coureurs qu’il admire. Il a eu la satisfaction de constater qu’il n’était pas plus « magané » que les autres à la fin.

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Des leçons apprises à la dure

Le premier mensonge en ultramarathon est de dire « plus jamais! », selon Pat. C’est sans doute pourquoi il multiplie les longues distances, dont le Vermont 100, qu’il a couru cinq fois.

Au sujet de ses abandons, il a fallu qu’il se rende compte que faire une course pour le plaisir, ça ne fonctionne pas pour lui. « Ça prend un petit quelque chose de plus. Il faut s’entraîner, il faut être engagé dans la course. »

Les aspects mentaux de la course lui paraissent plus difficiles que les efforts physiques, car il se dit « capable d’en prendre ». La souffrance physique lui permet même de relativiser les choses difficiles de la vie.

Un homme de valeurs

Dans tout son récit, Patrice parle beaucoup de sa conjointe, de ses trois filles et des autres coureurs. C’est quelqu’un qui aime les gens. Ce n’est pas étonnant qu’il soit ambassadeur de la Fondation du Centre jeunesse de la Montérégie, et que cette dernière revête une importance capitale pour lui. En effet, l’argent qu’il amasse pour cette fondation vient notamment en aide à des enfants qui, comme lui, ont été adoptés.

C’est pour cela que, chaque année, pendant 24 heures, Patrice court en boucle au Parc national des Îles-de-Boucherville, en essayant de faire un maximum de kilomètres. Malgré la difficulté de l’épreuve, c’est pour lui une grande fierté que de redonner à la société.

Lorsque Patrice termine sa présentation, il semble regretter d’avoir à dire au revoir au public, qui ne veut plus arrêter de poser des questions. Il autographie son livre, Territoires inconnus, et écoute les gens avec intérêt et générosité.

Les 90 minutes de présentation ponctuées d’anecdotes passent bien trop vite en sa présence. Patrice Godin fait voyager le public au rythme de nombreux rires et sourires. Son aventure humaine, marquée par la course, et qu’il raconte avec talent, provoque des émotions poignantes.