La superbe victoire de Blanchard-Hogan à la Trans-Alpine en 15 questions

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Mathieu Blanchard et Marianne Hogan – Photo : Philipp Reiter

Marianne Hogan et Mathieu Blanchard ont réalisé tout un exploit lors du GORE-TEX Transalpine-Run 2017 en terminant premiers dans la catégorie équipe mixte. Défiant les pronostics et devançant effrontément les favoris, ils ont démontré qu’ils peuvent être des figures dominantes dans des courses d’envergures.

Pendant sept jours, ils ont parcouru plus de 270 km et 16 000 mètres de dénivelée à travers les Alpes, de Fischen im Allgäu en Allemagne à Sulden en Italie. Ils ont bravé le froid, le vent, la neige et la pluie ainsi que des dénivelés sans commune mesure avec ce que l’on peut retrouver au Québec. Ils ont affrontés les meilleures équipes européennes, aguerries à ce type de terrain, pour remporter l’épreuve avec 75 minutes d’avance sur la seconde équipe, composée de Britanniques.

Distances+ a recueilli leurs impressions deux semaines après leur victoire.

La récupération

Tous deux se considèrent complètement rétablis.

Mathieu : « Je n’ai pas été très ‘’impacté’’ physiquement, mais j’étais épuisé à la fin, une grosse fatigue générale quoi » Il est heureux de constater que sa périostite est maintenant chose du passé. « Le corps humain, on n’y comprendra jamais rien, mais j’ai comme l’impression que [la course] l’a réparé. Certaine blessure, si tu ne fais pas de sport dessus, ça va la concrétionné comme une pierre et tu n’auras plus de flexibilité. »

Marianne : la forme est revenue, mais elle souffre toujours de la même blessure au tendon d’Achille qu’elle traîne depuis plusieurs semaines.

Une organisation exceptionnelle

Marianne : « C’est vraiment A+. Il faut une organisation incroyable pour avoir des courses à tous les jours pendant sept jours d’affilées. Les gens se rappelaient nos noms et on avait l’impression de faire partie de la famille. »

Mathieu : « C’est vraiment énorme, je n’ai jamais vu un truc aussi gros. Ça m’a vraiment fait penser au Tour de France sur la manière dont la course est organisée et l’encadrement. »

Le rituel

Chaque jour, les coureurs se réunissaient pour se faire expliquer le plan de match du lendemain.

Mathieu : « Avec les coureurs, les familles et l’organisation, on a plus de 1000 personnes, raconte Mathieu. On nous projetait la carte en 3D de la piste comme si tu étais dans un drone. Pour les zones dangereuses, où il y avait de la neige ou une falaise, ils montraient des photos prises le jour même. En sept jours, il n’y a personne qui s’est égaré ou qui a dévalé une falaise. »

Le dodo

Les coureurs avaient la possibilité de dormir dans des gymnases où à l’hôtel.

Mathieu : « Nous, on avait pris le ‘’package’’ hôtel. L’organisation te réserve tous les hôtels et, à l’arrivée, ton sac t’attend dans la chambre. Un lit confortable et une nuit de repos, c’est obligatoire pour recharger les batteries. Je les trouve très fort les gens qui ont fait la semaine entière dans les gymnases ».

Une routine gagnante

Marianne : « Après chacune des courses, on faisait une sieste, puis on mangeait et on se couchait très tôt. »

Mathieu : « J’ai fait un peu d’insomnie au début. C’était un mélange de décalage horaire et d’excitation, mais après quelques jours, tu deviens tellement épuisé que tu dors finalement. »

L’alimentation

Marianne : « Le matin, on déjeunait très léger. On s’assurait de bien manger durant la course, puis on prenait quelque chose à l’arrivée. On prenait un seul gros repas offert par l’organisation à la fin de la journée. C’était de la nourriture très riche en glucide et en dernier, j’avais besoin de motivation pour manger le repas du soir. »

Le sentiment de communauté

Mathieu : « C’est un peu extrême ce que je vais dire, mais c’est comme ceux qui combattaient dans les tranchées durant la guerre. Il y avait une grosse cohésion, avec toutes les difficultés qu’on a vécues physiquement et mentalement. »

Marianne : « Comme la course dure sept jours, ça laisse plus de temps pour rendre ça amical. C’est plus une aventure qu’une course. »

Le multiculturalisme

Des coureurs de plus de 50 nationalités différentes participaient à l’épreuve.

Mathieu : « Je n’ai jamais vu un mélange de culture comme ça, c’est un peu comme les Jeux olympiques. »

Stratégie de course

Mathieu : « Ça partait très vite chaque matin. Marianne et moi, on est parti dans le rouge dès la première épreuve, mais on l’a fait sans doute trop tôt parce que Marianne avait épuisé ses batteries dans les dernières journées. Si c’était à refaire, on partirait un peu moins fort. »

Marianne : « Si j’avais à le refaire, je le ferais de la même façon, parce que j’ai l’impression qu’après quatre ou cinq jours, tu vas être fatigué que tu aies débuté lentement ou rapidement. Je pense que ç’a été une bonne décision stratégique de se bâtir une avance dès le départ. »

Leur avance sur les autres

Mathieu : « Les Britanniques nous rattrapaient. Au départ, on avait 15 minutes d’avance dans chaque étape mais à la fin, c’était cinq minutes et même moins. Ils étaient plus constants. »

Marianne : « Notre seule inquiétude était que les Britanniques gagnent une étape. On n’a jamais eu peur pour l’issue de la course au grand complet. »

L’entraide

Mathieu : « On a relié nos batteries ensemble. Je la poussais et la tirais. On ajustait l’effort en fonction des autres équipes. Si on les voyait remonter, je la poussais pour garder de l’avance, sinon, on prenait ça plus relax. »

Marianne : « On avait une très bonne chimie. C’est important de bien s’entendre avec notre partenaire. Du point de vue technique, on avait une bonne compatibilité, car on aime tous les deux pousser dans les descentes, c’est notre force. Dans les sections plates, nombreuses au départ, on avait un bon rythme. Mathieu se mettait en avait et je le suivais ».

L’habitude de l’hiver

Mathieu :  « On a couru sur de la roche, de la boue, sur la terre et sur la neige. C’est un concentré de tout. Sur la neige, on était tellement à l’aise. Quand on court l’hiver au Québec, on apprend la manière de poser le pied, de pousser, de maitriser l’effet de glisse. On a couru sur la neige alors que plusieurs équipes étaient sur les fesses. »

Des passes à vide

Marianne : « Il y a eu des moments ou si j’avais été seule, j’aurais probablement été beaucoup plus lente. Le fait de courir avec quelqu’un qui est plus fort que moi, ça m’ai aidé à pousser plus. »

Mathieu : « J’ai parfois pensé laisser la première place. Des fois, je voyais les seconds revenir fort et je me disais : tant pis, s’ils gagnent aujourd’hui on se répondra demain. Mais on réussissait toujours à remettre le petit coup d’effort pour rester devant. »

Le moment le plus difficile

Pour Mathieu, le moment le plus difficile a sans conteste été la dernière montée de la dernière course. « C’était une accumulation de tout. C’est là qu’on a monté le plus en altitude, la pente plus à pic, c’était le plus froid et le moment où on était le plus fatigué. Il y avait du brouillard, on ne voyait pas le haut, on aurait dit que c’était sans fin, mais on savait aussi que c’était la dernière montée. On a réussi à puiser l’énergie pour la vaincre. »

Du côté de Marianne, ce sont les deux dernières journées de course qui ont été les plus difficiles. « J’ai eu des douleurs à l’estomac et je me se sentait vraiment pas bien. Je sentais que Mathieu pouvait aller plus vite. C’est la chose que j’ai trouvé la plus difficile, de voir que l’autre est obligé de ralentir pour toi. »

Un accomplissement indescriptible

Les blessures, l’épuisement et la maladie ont eu raison de plusieurs des 40 équipes mixtes qui ont pris le départ, ce qui a rendu la victoire d’autant plus méritée.

Mathieu : « Après 280 km sur tes deux jambes, tu sens que tu as accompli quelque chose de grand. C’est très émotif, un mélange d’avoir envie de rire et de pleurer en même temps. Ça a été le plus fort de toutes les courses que j’ai faites. »

Marianne : « Chaque jour, tu dois te lever, même si tu ne te sens pas bien dans ton corps ou ta tête. Il faut que tu arrives sur la ligne de départ et tu dois tout recommencer à zéro. Tu dois pousser ton mental pendant sept jours consécutifs. C’est quand même assez drôle de te réveiller et de te sentir vraiment mal, mais de voir que ton partenaire de course a aussi mal que toi. »