Benoit Létourneau tente sa chance sur le Moab 240 avec plusieurs autres Québécois

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Benoit Letourneau en pleine action – Photo : Misty Wong

Après une troisième position à la Barkley Fall Classic, une course de 50 km qui est la petite sœur de la Barkley Marathons, Benoit Letourneau entame un tout nouveau défi. Ce vendredi, accompagné de plusieurs autres Québécois, il prendra le départ de la Moab 240 Endurance Run, une course qui cumule 383 km et 9000 m de D+.

Après son excellente performance à la Barkley Fall Classic, les espoirs de Benoit sont grands. Son souhait est de terminer la course en 75 heures, soit bien en deçà du temps limite de 112 heures. « Je vise plus un temps qu’une position. C’est sûr que de terminer cette course est déjà en soit très bien », reconnaît-il.

Rappelons que Patrice Godin, lui aussi habitué aux défis de taille, avait déclaré forfait sur cette course l’an dernier. Si celui-ci devait prendre sa revanche sur ce parcours monstrueux cette année, il a plutôt laissé sa place à une large délégation québécoise qui accompagnera Benoit sur la ligne de départ.

Parmi ces Québécois, notons Richard Turgeon, Éric Deshaies, Richard McDonald, Emmanuelle Dudon, Daniel Legresley et Charles Étienne Carrier. « On fait un souper des coureurs du Québec et de l’Ontario la veille du départ, on devrait être une quinzaine », explique Benoit.

Les quatre coureurs de l’Outaouais qui feront le Moab 240 cette fin de semaine. De gauche à droite Richard McDonald, Éric Deshaies, Richard Turgeon et Benoit Letourneau - Photo: Richard McDonald
Les quatre coureurs de l’Outaouais qui feront le Moab 240 cette fin de semaine. De gauche à droite Richard McDonald, Éric Deshaies, Richard Turgeon et Benoit Letourneau – Photo: Richard McDonald

Des défis en perspectives

Le départ et l’arrivée de cette course sont à Moab, en Utah, à environ 500 km au nord-est de Las Vegas. « Ce sont des sentiers assez roulants, très sablonneux », dit-il. « Le D+ est de 9000 m, mais comme c’est réparti sur 383 km, les montées et des descentes sont bien plus graduelles qu’à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc par exemple. »

Dans ce parcours en milieu désertique, on retrouve des températures diurnes de 25 à 30 degrés qui s’abaissent jusqu’à -10 degrés la nuit.

« Pour l’habillement, ça risque d’être un peu difficile à gérer. Est-ce que j’apporte mes vêtements de ski de fond pour la nuit ? Est-ce que j’amène mon linge dans mon sac à dos ou je le laisse dans les dropbags ? Si c’était l’hiver, dans un sens, ça serait plus simple, mais ça va plutôt être une transition très brusque de température. J’ai un peu d’appréhension », avoue le coureur d’expérience.

L’autre défi sera la gestion de l’eau, les concurrents devront être autonomes entre les ravitaillements. En raison de la quasi-absence des points d’eau, ils devront transporter de 2 à 2,5 litres d’eau en plus de tous le matériel requis.

Un podium à la Barkley Fall Classic

En septembre dernier, Benoit Letourneau raflait la troisième place de la Barkley Fall Classic en 9 heures et 16 minutes tout juste derrière Anatoly Ross de Lancaster en Ontario, un coureur avec lequel il s’entraîne occasionnellement. C’est le Français Benoit Laval qui a raflé la victoire en 8 heures 55 minutes.

La course est à ce point difficile que seulement 205 des 400 coureurs inscrits ont terminé l’épreuve. La limite de temps pour compléter la distance de 50 km est d’ailleurs à la mesure du niveau de difficulté puisqu’elle est de 13 heures et 30 minutes.

La Barkley Fall Classic n’est pas une course comme les autres, notamment en raison des portions hors-piste et d’un parcours changeant qui est communiqué seulement la veille de l’évènement. « Ça demande des qualités que l’on ne retrouve pas nécessairement chez tous les coureurs comme la robustesse et la résilience. Il ne faut pas avoir peur de s’écorcher », affirme l’informaticien de profession.

« Tous les coureurs sont dans la trentaine ou la quarantaine, les seules exceptions sont Anatoly qui a 54 ans et moi qui a 51 ans. On fait honneur à la FADOQ », rigole-t-il.

« La course emprunte des éléments de la vraie Barkley. Il y a la montée Rat Jaw, un gros D+ sur une distance d’un mile [1,6 km], en dessous d’une ligne électrique envahie par les ronces. C’est comme s’il y avait des framboisiers à pleine largeur et il faut se frayer un chemin. Seulement cette portion peut prendre une à deux heures. »

Benoit Laval est arrivé le premier en haut de cette montée suivie de près par Benoit Letourneau. « Le premier qui passe là-dedans, c’est celui qui fait le chemin, toutes les branches sont entremêlées, explique Benoit. Les autres qui suivent en arrière peuvent aller plus vite. »

Athlète depuis toujours

Si Benoit Letourneau peut s’enorgueillir de performer encore à son âge, c’est qu’il peut compter sur une vaste expérience dans les sports d’endurance.

« Je me suis entraîné toute ma vie. J’ai été sur l’équipe canadienne de ski de fond pendant près 10 ans », dit-il. « Après ma retraite, j’ai débuté avec les courses d’orientation : c’est un sport de course de pied avec carte et boussole ou il faut trouver des balises. Ça m’a emmenée à la course d’aventure, j’en ai fait une quinzaine. Puis en 2010, j’ai commencé à faire de la course en sentier. »

En 2016, il complète notamment l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 204e position. Cette année, il a participé au 100 km du Québec Maga Trail comme préparatif pour la PTL, une des courses sœurs de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc qui cumule 300 km et 25 000 m de D+. Une course qu’il devait faire avec Hélène Dumais.

« Suite à la blessure d’Hélène à l’Infintus, on a mis de côté la PTL. Le projet n’est pas mort, on parle de peut-être la refaire une autre année. C’est comme ça que Moab est arrivé sur la table. J’ai fait quelques entraînements dans les Adirondack, mais, avec des enfants, tu ne peux pas toujours t’entraîner 20 heures par semaine », explique le résident d’Ottawa.

Une chose est certaine, il ne manque pas d’idées pour ses prochains défis puisqu’il a dans sa mire le Tor des Géants, la Hard-Rock et un retour à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. « On ne peut pas toutes les faire, car avec la famille, je me limite à un gros projet tous les deux ans. »