De retour d’Antarctique, Caroline Côté gagne en Guadeloupe

Traces du Nord Basse-Terre 2019

Victoire de Caroline Côté au 83 km des Traces du Nord Basse-Terre 2019 en Guadeloupe - Photo : TNBT
Victoire de Caroline Côté au 83 km des Traces du Nord Basse-Terre 2019 en Guadeloupe – Photo : TNBT

À peine rentrée d’un périple de 30 jours dans le froid de l’Antarctique, l’aventurière québécoise Caroline Côté s’est envolée pour la chaleur très humide des Antilles françaises. Elle est sortie de sa zone de confort pour aller remporter l’épreuve de 83 km et 2400 m de dénivelé positif des Traces du Nord Basse-Terre (TNBT). Chez les hommes, Mathieu Blanchard a de nouveau été contraint d’abandonner en raison d’un pépin physique tandis que Florent Bouguin a terminé deuxième du 154 km (6400 m D+) derrière l’ultra-traileur hyperactif Sangé Sherpa.

Il aura fallu un peu moins de 14 heures d’efforts avant que Caroline ne passe la ligne d’arrivée les bras levés. 14 heures! Ça donne une petite idée de la difficulté et de la technicité de cette épreuve qui se dispute en bonne partie dans la forêt tropicale, les pieds dans la grosse boue, mais aussi sur les plages et le sable sous un soleil de plomb.

30 minutes au kilomètre

« C’était un combat à chaque kilomètre, raconte celle qui revenait de l’Antarctique, « cassée par les charges lourdes et les traîneaux à tirer » dans la neige. Elle a participé à l’ouverture d’une nouvelle voie en ski sur la péninsule en reconstituant le trajet emprunté en 1957 par l’explorateur polaire Wally Herbert.

En Guadeloupe, durant le deuxième week-end du mois de mars, elle a affronté l’enfer vert, une jungle opaque que l’on traverse en suivant des traces plus que des sentiers, en enchaînant pitons et mornes parfois très difficiles à grimper ou à dévaler. La vitesse, par moment, n’excède pas 30 minutes au kilomètre.

« Ce qui m’a vraiment aidé à finir cette course-là, ce sont les amis sur place qui s’occupaient de moi sur les ravitos, puis Mathieu après son abandon. Sans eux, je n’aurais jamais été capable de le faire », assure Caroline Côté.

Il y a aussi eu cette femme, croisée en bordure de route. « Elle m’a interpellée pour me dire « hey, lâche pas, t’es la première femme que je vois. Hier, c’était la Journée de la femme, tu dois gagner! » » Cette rencontre de quelques secondes l’a marquée et lui a donné un petit supplément d’énergie mentale.

« J’allais là-bas dans un esprit compétitif, a-t-elle confié à Distances+. Pour la première fois de ma vie, j’avoue que j’avais envie de me dépasser pour gagner. Pour moi c’est important d’aller sur le podium pour montrer aux filles qui sont peut-être un peu plus gênées que c’est possible de se battre et d’aller jusqu’au bout.

L’automne dernier, Caroline avait terminé deuxième de l’Ultramarathon Guatemala (93 km) et troisième de la Transmartinique (144 km).

Plusieurs Québécois au départ en Guadeloupe

Caroline Côté a couru aux côtés des deux coureurs du Club de trail de Montréal, Geoffrey Lonca, qui a fini en même temps qu’elle, et Clotilde Lefebvre, qui a terminé en 15 h 37, sur la deuxième place du podium.

À noter également la cinquième place de Michelle Bousquet, qui a bouclé son huitième ultra, « le plus difficile et le plus fou », après 19 h 18 de course.

« À l’arrivée, je me suis effondrée dans un état pitoyable sur une civière sur laquelle j’ai dormi pendant sept heures, jusqu’au lever du soleil, se souvient-elle. Je suis tombée tellement de fois dans la boue que j’ai arrêté de compter. » La coureuse montréalaise a mis plusieurs jours à s’en remettre, souffrant longtemps après de nausées et de faiblesses.

Chez les hommes, le vainqueur du 83 km des TNBT, le Guadeloupéen Stéphane Eychenne, a parcouru la distance en un peu moins de 10 h, avec presque deux heures d’avance sur son premier poursuivant.

Mauvaise série pour le champion Mathieu Blanchard

Mathieu Blanchard a été contraint à l'abandon au Hong Kong 100 et il a dû renoncer à prendre le départ de la Transgrancanaria en raison de problèmes physiques - Photo : TNBT
Mathieu Blanchard a été contraint à l’abandon au Hong Kong 100 et il a dû renoncer à prendre le départ de la Transgrancanaria en raison de problèmes physiques – Photo : TNBT

Mathieu Blanchard, qui avait remporté le 154 km l’an dernier, avait pris le départ du 83 km en pleine forme, avec « d’excellentes sensations avant la course » et l’objectif de battre le record de l’épreuve, mais son corps en a décidé autrement.

« Je suis parti sur un bon rythme, mais à partir du kilomètre 20, sur la plage de sable, ma douleur au bas du dos (il avait une légère gêne depuis un mois) a commencé à devenir préoccupante. Cette douleur n’a fait que croître jusqu’au ravitaillement de Sofaia vers le kilomètre 45. Je me suis assis, mais quand je me suis relevé, j’ai eu une sensation de coup de couteau extrêmement violente dans le bas du dos. Je suis tombé à terre. Ensuite, la douleur était telle que je ne pouvais plus poser la jambe au sol. »

Le bilan de santé fait état d’une inflammation aiguë de l’articulation sacro-iliaque, qui lie le bas du dos à la hanche. En octobre dernier, il avait été terrassé par le mal de l’altitude dans les hauts sommets de l’Atlas marocain sur l’UTAT et en janvier, c’est son talon d’Achille qui l’avait incité à s’arrêter à mi-parcours du Hong Kong 100.

Une semaine après la course, il avait encore du mal à marcher et s’il s’est quand même rendu au sommet nord-américain des coureurs élites Salomon dans l’Utah ce week-end, il a dû faire l’impasse sur les sorties de groupe.

Mathieu nous a confié que son moral en avait pris un gros coup, même s’il tente de transformer cette mauvaise passe positivement. « Je ne me suis jamais blessé au point d’être totalement bloqué, dit-il. C’est nouveau pour moi, alors j’ai du mal à gérer les émotions que je ressens. »

Le programme de Mathieu Blanchard est incertain pour les semaines à venir. « Mon gros objectif de l’année reste le Grand Raid de La Réunion, c’est encore loin (octobre), je ne suis pas inquiet. »

Le sage Florent Bouguin, 2e du 154 km

Florent Bouguin a eu encore assez d'énergie après sa course pour traverser la ville de Petit-Bourg et aller féliciter Caroline Côté « chez elle » - Photo : Caroline Côté
Florent Bouguin avait encore assez d’énergie après sa course pour traverser la ville de Petit-Bourg et aller féliciter Caroline Côté « chez elle » – Photo : Caroline Côté

« Ce qui distingue cette course, c’est que tu n’as pas le choix de marcher pendant 70 kilomètres à cause des conditions de boue », résume Florent Bouguin, qui est venu à bout de la grosse épreuve, qualifiée de « boucherie » par certains traileurs français, tant cet ultra peu roulant est à part. 

Les glissades dans la boue, voire la nage dans la boue, ont marqué Florent. Mais pas seulement. « L’escalade avec les mains au sommet des pitons, les foulées dans les eaux turquoises et sur le sable des Caraïbes, le franchissement de rivières trépidantes, les descentes escarpées sur les fesses, les bénévoles au grand cœur, les organisateurs passionnés, les champs de boue éternelle, c’est cela que je ramène dans mon esprit de la Trace des terres du Nord de Basse Terre », a-t-il joliment écrit sur sa page Facebook à son retour à Québec.

S’il termine en deuxième position, il a fallu regarder le tableau des résultats à plusieurs reprises, et se faire confirmer qu’il n’y avait pas une erreur au compteur, car Florent a terminé la course 10 heures après le vainqueur, le Népalais Sangé Sherpa, qui a pulvérisé le record de l’épreuve en 26 h 26 min. 10 heures!!!

« À la mi-course Sangé avait deux heures d’avance et j’avais également créé un énorme écart avec les autres, a expliqué Florent Bouguin à Distances+. Je ne pouvais pas rejoindre Sangé, il était trop fort et motivé par le record. J’ai donc profité de la course, des ravitaillements et des bénévoles. Bref, j’ai pris mon temps. »

10 heures d’avance et un record de l’épreuve pour Sangé Sherpa

Sangé Sherpa a battu le record du 154 km en 26 h 06 min - Photo : TNBT
Sangé Sherpa a battu le record du 154 km en 26 h 06 min – Photo : TNBT

Sangé Sherpa s’était cassé le poignet en crapahutant sur le TNBT en 2017. Il revenait sur Basse-Terre en connaissant le terrain et les conditions météo. « Je pense que pour réussir un ultra aussi dur que celui-ci, il faut avoir l’expérience et avoir une bonne capacité mentale », a commenté le coureur népalais, qui donne l’impression d’être au départ de toutes les courses, toujours armé de son large sourire.

Sangé dit avoir apprécié l’aide que lui a apportée Mathieu Blanchard sur les ravitaillements. « Il a malheureusement arrêté la course, mais il est resté sur le parcours pour encourager les autres.Il m’a donné un grand coup de main pour me changer et me ravitailler. Ça fait plaisir de voir un aussi bel état d’esprit », s’est-il enthousiasmé.

Sangé Sherpa participera entre autres dans les semaines et mois à venir, pour vous donner une idée de l’intensité du garçon, à Penyagolosa (Espagne), au MIUT, au Tchimbe Raid (Martinique), au VVX (France), au Lavaredo (Italie), à la Eiger (Suisse), à l’UTMB, ou encore au Grand Raid de la Réunion, où il retrouvera Caroline Côté, Florent Bouguin et Mathieu Blanchard.

Après son abandon sur le 83 km, Mathieu Blanchard a donné un coup de main à Sangé Sherpa - Photo TNBT
Après son abandon sur le 83 km, Mathieu Blanchard a donné un coup de main à Sangé Sherpa – Photo TNBT