738 km en 10 jours : nouveau record personnel pour Hélène Dumais

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Hélène Dumais a pu compter sur une équipe de soutien durant ses 10 jours de course – Photo : Micah Ness

L’aventurière québécoise Hélène Dumais avait un objectif : courir 888 km en 240 heures lors de la course Infinitus organisée par The Endurance Society sur les sentiers du Green Mountain National Park dans le Vermont. Elle n’y est pas parvenue, mais plutôt qu’abandonner, elle a trouvé les ressources mentales pour accepter de changer de plan en cours de chemin et elle a continué, réussissant à courir 62 km de plus que l’an passé.

« Je vais bien », a-t-elle affirmé à Distances+ cette semaine lors d’une entrevue téléphonique, avec encore une belle énergie dans la voix au lendemain de ce énième défi hors du commun. Puis, elle s’est lancée avec une certaine euphorie dans le récit de cette épreuve harassante, qui consistait à enchaîner des tours de montagne d’un peu plus de 43 km (27 miles) en forme du symbole de l’infini (un 8 sur le côté), soit une petite boucle de 12 km et une grande de 31. « Je les ai faites 17 fois chacune, a-t-elle précisé. Mes pieds se sont tannés, mais pas mes yeux. C’est très beau comme coin et super varié. Il y a des racines, des roches, des montées, des descentes, une rivière, des barrages de castors, des feuillus, de la prairie, des grandes herbes… et j’ai eu le privilège de voir tout ça à différents moments de la journée. »

Infinitus 2017 - Photo : Micah Ness
Infinitus 2017 – Photo : Micah Ness

Même si elle ressent le besoin évident de se reposer, après des « nuits » de sommeil d’une heure et quart maximum, Hélène revit déjà l’événement pour comprendre tout ce qu’il ne s’est pas passé comme prévu, en dépit de son expérience et du fait qu’elle avait tout au long de la compétition une équipe de soutien. « C’est gigantesque ce qu’il se passe comme choses », s’exclame-t-elle.

Changer d’objectif

Dans ce genre d’épreuves extrêmes, « c’est inévitable, on passe tous par des hauts et des bas. Ce qu’il faut, c’est ne pas aller trop haut et ne pas descendre trop bas », dit Hélène. C’est plus facile à dire qu’à vivre.

Hélène a d’ailleurs confié à Distances+ avoir vécu quatre « gros down ». Le premier est survenu après une série de petits couacs qui l’ont, la fatigue aidant, irritée. Elle s’est rendu compte qu’elle n’avait peut-être pas assez bien préparé son équipe de soutien à gérer les transitions. « C’était lent un peu au départ, estime-t-elle. Moi, je partais du principe que la seule chose que je devais faire c’était de performer physiquement et qu’il ne fallait pas que je dépense d’énergie inutile, mais je prends la responsabilité de tout ça. Puis, mon chum a décidé de quitter la course pour rejoindre mon crew. Il a beaucoup d’expérience, il m’a contrôlée et m’a mise en confiance. »

Cette même équipe qui s’est mobilisée pendant dix jours autour d’Hélène Dumais a été fondamentale lors d’un autre gros crash mental de l’athlète. « J’avais beaucoup de parasites dans la tête. Je n’arrêtais pas de compter et je me disais que je ne pouvais pas finir. J’ai beaucoup douté et mon pace s’est réduit. À un moment donné, je me lève d’une sieste et ils me disent :  »Si on veut finir dans les temps, il faut courir la petite loop en 2 heures, la grande en 7 heures et couper le dodo à 30 minutes ». Je me suis dit :  »ça n’a pas d’allure, à quoi ça sert de continuer? » Mon objectif, c’est de finir. J’étais déprimée, je me sentais pourrie, mais eux ils croyaient encore en moi. »

Hélène s’est alors raisonnée, réalisant que son objectif pouvait changer en cours de route. « Je me mets beaucoup de pression pour inspirer les gens, mais j’ai compris que c’était en continuant, en faisant le plus de millage et en battant mon temps de l’an dernier que c’était possible », explique-t-elle.

« J’ai grandi énormément là-dedans, à travers ces quatre down, nous a confié la championne. Je ne suis plus la même. J’ai saisi quelque chose de magnifique : Quand tu arrêtes, c’est qu’il y a quelque chose que tu n’as pas bien fait, mais ce n’est pas en dropant que tu vas comprendre pourquoi. C’est en restant là que tu vas savoir. C’est mon plus beau cadeau, je savais que je n’allais pas pouvoir compléter le 888 km, mais j’ai continué quand même, je suis fière de moi. Parce que ça prend du courage! »

Hélène Dumais durant l'Infinitus 2017 - Photo : Micah Ness
Hélène Dumais durant l’Infinitus 2017 – Photo : Micah Ness

Infinitus 2018

Le plus fou, c’est qu’Hélène Dumais n’est pas complètement écœurée par ce qu’elle vient de traverser. « Je ne peux pas croire que je suis déjà en train de dire ça, mais, oui, je sens qu’il va falloir que j’y retourne, nous a-t-elle dit. Tout le monde me dit que je suis capable de courir les 888 km (seul l’Américain Lance Parker a réussi à parcourir la distance cette année sur une dizaine de participants). On ne peut jamais faire le plan parfait, mais je sais ce que je veux mettre en place : courir à un pace plus rapide, m’entraîner plus, désigner une personne responsable tout au long de la course au sein de mon équipe de soutien, répondre à toutes les petites questions liées aux problèmes d’équipement et prendre le temps d’analyser mes down pour mieux les éviter.

Hélène va désormais se consacrer au documentaire qu’elle produit autour de l’Infinitus, Facing Infinitus. « Je suis le fil conducteur, mais ce ne sera pas un documentaire sportif. Ce sera à propos des gens qui se sont engagés à faire face à des obstacles, pour montrer que l’on a chacun son Infinitus dans la vie. Ce sera ça le message. »


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